de Serge Joncour, aux éditions Flammarion, 19€

Beaujour ne peut plus dire « non ». Il a beau essayer, le mot ne vient pas, il lui reste sur la langue comme un noyau de cerise, un chewing-gum qui refuse de buller. Pas facile de vivre sans dire non. Il accepte donc plusieurs invitations à déjeuner le même jour, après avoir bu moult cafés proposés par ses collègues de bureau et se retrouve même à poser du carrelage chez un collègue de bureau… Serge Joncour – l’auteur des savoureux Vu, U.V., Combien de fois je t’aime – s’en donne à plume-joie. Essayez donc de passer une journée sans rien refuser !

Mais là où cette histoire prend tout son sel c’est lorsque l’on apprend que Beaujour travaille dans un institut de sondages…

– Parmi ces trois propositions laquelle correspond le mieux à votre opinion ? Oui, ou Ne sait pas ?

– Oui ou Ne sait pas ?

– Exact.

– Mais ça n’en fait que deux !

– Alors votre réponse ?

Beaujour obtient des résultats formidables – 95% des Français sont pour le travail le dimanche, un résultat inespéré ! – que sa direction apprécie vivement : Votre méthodologie très personnelle dans le domaine des questionnaires, eh bien ça mériterait presque d’être déposé sous forme de brevet, la Méthode Beaujour, ça sonnerait bien.

Beaujour s’est inscrit dans un atelier d’écriture qui vise à retrouver l’usage des mots perdus. L’animateur de cet atelier où l’on apprend à broder des textes pour faire parler les mots a coutume de dire : « Le passé est à chacun ce que le brouillard est à l’accident ; responsable de rien mais cause de tout cependant ».

Ces « broderies » de L’ouvroir des mots perdus qui remontent le temps jusqu’au mot originel, s’intercalent à la narration.

Cela fait au total un ensemble drôle, cocasse très critique des excès de la société contemporaine.