Merci pour les légendes sur les noms des lieux de Montauban que vous nous adressez. Vous pouvez compléter ces histoires avec la vôtre en la publiant ici.

Sommaire

Montauban

de Emile Mottay

On a longtemps cru que le nom de MONTAUBAN venait de Mont Alba qui signifie Mont Blanc. On peut se demander pourquoi ce non sens absolu a perduré si longtemps. S’il y avait un Mont Blanc à Montauban, cela se verrait. La vérité vient enfin d’être révélée grâce aux travaux du professeur JEANSE, ancien élève du Lycée Ingres qui officie à la Sorbonne et est resté profondément attaché à notre belle cité.
Comme nous le savons, Montauban fut fondée par Alphonse Jourdain, comte de Toulouse. Or, après des années passées à étudier des archives toulousaines, le professeur Jeansé a découvert que le dit comte aimait se déguiser pour effectuer, en secret, jongleries, acrobaties et faire le paillasse. Ainsi fut résolu le mystère d’un tableau, trouvé dans le grenier d’une maison toulousaine datant du Moyen Age. Le célèbre expert Dali Peintureau avait bien authentifié un portrait d’Alphonse Jourdain mais la couronne qui figurait sur la toile était d’un modèle n’ayant jamais été porté par les comtes de Toulouse. Après les travaux du professeur Jeansé, on comprit que le tableau représentait le fondateur de notre ville dans le rôle d’un roi de comédie.
Vu l’état dans lequel on tenait les comédiens au Moyen Age et jusqu’aux temps modernes, Molière ayant failli être jeté en fosse commune, on comprend qu’Alphonse Jourdain tenait secrète sa passion pour le théâtre de rue mais, un jour, quelqu’un le reconnut dans une troupe de comédiens et vendit la mèche. Enorme scandale dans la noblesse et la grande bourgeoisie et intense rigolade dans le petit peuple et les auteurs de libelles qui s’en donnèrent à cœur joie, libelles retrouvés en partie par le professeur Jeansé.
A cette époque, les comédiens de rue étaient souvent désignés par l’expression Saute au banc qui a donné le terme saltimbanque mais en Occitanie on disait Monte au banc. Et c’est ainsi qu’Alphonse Jourdain hérita du sobriquet d’Alphonse Monte au banc et que, par dérision, notre ville devint la ville du Monte au banc, d’où MONTAUBAN.

Chemin de la Garouille

de Odile Stephan

Si d’aventure vos pas vous mènent un jour dans le quartier de l’Hippodrome, c’est au détour du chemin de Bas Pays que vous découvrirez le Chemin de la Garouille.

Cette petite voie étroite où l’on peine à se croiser en voiture, est bordée de profonds fossés et au printemps ses talus sont émaillés de primevères et de pervenches sauvages.

Si le chemin de la Garouille est aujourd’hui longé par endroits de lotissements : villas pour lesquelles chaque propriétaire rivalise d’imagination et de créativité pour en faire SON « petit paradis », il n’en a pas toujours été ainsi.

La légende veut que cette voie ait été baptisée Chemin de la Garouille, du nom d’arbres, de la famille des chênes bordant le chemin par endroits et qui auraient fourni une teinture fort appréciée des drapiers de Montauban.
En réalité, il n’en est rien. Des recherches minutieuses menées aux Archives Départementales, réduisent à néant cette version. La vérité est toute autre et je vous propose de vous la dévoiler.

Au 18è siècle, nous sommes encore ici en pleine campagne. Les exploitations agricoles y prospèrent. Montauban est une grande cité et il faut approvisionner en vivres de toutes sortes une population sans cesse croissante.

L’un de ces propriétaires terriens, un certain Monsieur GERARD, déborde d’un orgueil démesuré, sans doute proportionnel à la superficie de son domaine. Les finances de Monsieur GERARD sont florissantes et, bien qu’économe, il cède à une tentation qui le taraude depuis longtemps. Il fait construire sur l’une de ses parcelles de terre un splendide pigeonnier. L’édifice d’une taille impressionnante -les pigeons  pourront s’y installer à l’aise !-  est fait de cette belle brique rose, emblème de notre région.

Chaque jour, avant de s’en aller travailler aux champs ou en rentrant le soir, Monsieur GERARD fait un détour par son pigeonnier. Il ne se lasse pas de l’admirer au lever du soleil dans la fraîche clarté naissante ou le soir dans les reflets flamboyants du coucher.

Cependant, le désir de faste de Monsieur GERARD n’est pas entièrement satisfait. Il lui manque quelque chose….. Un beau matin, très satisfait, il annonce à son épouse, Christiane, qu’il va embellir son pigeonnier ! Madame GERARD reste un peu

interloquée : ce pigeonnier est déjà superbe qu’a-t-il besoin de plus ?  Mais, elle se résigne habituée qu’elle est à la « mégalomanie » de son époux.

Quelques mois plus tard, grâce au talent d’un fameux sculpteur auquel Monsieur Gérard a fait appel -opération coûteuse….. mais quand on aime… !- le fameux pigeonnier est agrémenté d’une gargouille, copie d’une de celles qui orne la façade de la cathédrale d’Albi.

La ville de Montauban s’agrandissant sans cesse, la municipalité, à cette époque, se voit contrainte de baptiser les multiples voies la quadrillant. Il est donc décidé en Conseil Municipal que le chemin longeant les terres de Monsieur GERARD sera baptisée Chemin de la Gargouille. Celui-ci en est, bien entendu, extrêmement flatté. Hélas, une erreur d’écriture transforme cette Gargouille en Garouille.

Les chênes y on gagné en notoriété, l’œuvre de Monsieur Gérard est tombée dans les oubliettes. Aujourd’hui, il ne reste plus rien du pigeonnier et de sa gargouille. En effet, pendant les heures sombres de la dernière guerre, le bâtiment est entièrement rasé par l’ennemi qui le soupçonne de servir de cache d’armes à la résistance. Monsieur Gérard, décédé bien des années auparavant, n’a heureusement pas assisté à la destruction de l’œuvre de sa vie…. Il y avait d’ailleurs belle lurette que ses descendants avaient abandonné ce chef d’œuvre et commencé à vendre les terres par petits lots, démembrant le domaine et se souciant comme d’une guigne des folies de leur aieul !

La rue Malcosina

de Kévin et Loïc, élèves de 4ème du Collège Notre Dame Montauban

malcosina02Il était une fois une rue qui s’appelait la rue Malcosina (« mauvaise cuisine » en patois).

Les sans foyer venaient chercher de quoi manger chez une famille modeste qui ratait souvent ses plats mais à la place de les jeter les donnait aux sans foyer.

Pour les remercier malgré tout, un beau jour, les sans foyer eurent l’idée de les inscrire à un concours de cuisine appelé « Le Couteau d’Or ». Les membres de cette famille en furent très surpris mais acceptèrent malgré tout d’y participer sans trop y croire.

Durant la compétition, ils reproduisirent les mêmes plats et recettes qu’habituellement. Pour la réalisation du plat imposé, n’ayant aucune idée des proportions des divers ingrédients, ils le réalisèrent dans un hasard complet et sans aucune conviction. Le jury, après avoir goûté et départagé les divers candidats, déclara la modeste famille gagnante du concours, à l’étonnement général. La famille n’arrivait pas à y croire mais dut bien se rendre à l’évidence : leur plat était divin.

Quand la famille rentra chez elle, les sans foyer les applaudirent très fort, le maire de la ville décida d’ériger une rue à leur nom pour rendre hommage à leur performance exceptionnelle.

Depuis ce jour-là, la rue Malcosina resta inscrite dans les archives de la ville de Montauban.

La route de Vignarnaud

de Alice et Eléa, élèves de 4ème du Collège Notre Dame Montauban

Il était une fois un modeste homme, nommé Arnaud, qui vivait seul avec ses enfants dans le domaine hérité de son père.
Arnaud était terriblement triste depuis la mort de sa femme et restait dans sa demeure, seul, renfermé, coupé du monde.
Sur les murs du château, le lierre rampait et le soleil dessinait d’ombres les détails de chaque pierre.
Le temps passait et le printemps baignait enfin les terres de ses fleurs.
Arriva la fête du village.
Tout le monde y était convié. Arnaud reçut donc cette invitation ; il hésita mais il finit par céder à ses enfants…
Le jour de la fête arriva et la famille descendit de la colline pour rejoindre le village.
Les enfants étaient émerveillés par le monde qu’ils avaient devant eux. C’était la première fois qu’ils s’aventuraient aussi loin.

Puis vint le banquet final, où les gens aiment se revoir et discuter sans fin.
Mais à la grande déception de tous, pas un seul pichet de vin sur les tables ! Personne cette année n’avait pu offrir ce cadeau au village, et les années suivantes s’annonçaient tristes car les dernières vignes avaient été arrachées pour d’autres cultures.
Arnaud profitait de cette journée, une première depuis la mort de sa femme. Son domaine bénéficiait d’une exposition parfaite. De plus, il était grand et certaines parcelles n’étaient pas utilisées.
A la fin du banquet, après avoir longuement réfléchi, il proposa aux villageois de leur prêter une partie de son domaine afin de replanter des vignes.
Il demandait juste que, de temps à autre, les hommes viennent l’aider à travailler la vigne.
L’idée fut acceptée à l’unanimité, sous de nombreux applaudissements. Arnaud venait de faire une entrée fracassante dans le petit village.
Quelques temps plus tard, une collecte fut organisée afin de lever les fonds nécessaires à l’achat des plants.
L’année suivante, le banquet fut reconduit et les convives purent, pour la première fois, boire un peu de ce vin. La récolte n’avait pas été abondante car les vignes étaient jeunes mais le résultat était là.
Au fil des années, la tradition demeura et le domaine d’Arnaud fut nommé par les villageois, les Vignes d’Arnaud ! Aujourd’hui, on le contracte encore pour devenir Vignarnaud !

Les trois pigeons

d’Alex Andrin

3pigeons01Beaucoup de Montalbanais se souviennent de l’Hôtel des trois pigeons qui a donné son nom au quartier des trois pigeons prés de l’église Villenouvelle. Mais ce que peu de gens savent c’est que les volatiles qui ornent la façade du bâtiment qui abritait cet hôtel ne sont pas des pigeons… mais des colombes. en effet il y a fort longtemps cet hôtel s’appelait Les trois colombes, et le quartier s’appellerait encore le quartier des trois colombes sans Hector, le grand oncle de mon grand père qui officiait en tant que taxi dans notre belle ville, et qui, il faut bien l’avouer était peu scrupuleux…
Un jour qu’il était garé tout près de cet hôtel ou il venait de déposer un client, il fut interpelé par trois jeunes hommes très élégants, mais visiblement très fatigués.
Ils venaient de faire une longue marche depuis la gare Villebourbon et hélèrent le taxi de Hector.
-Monsieur, s’il vous plait, pourriez vous nous aider. Nous sommes perdus et très fatigués… nous avons voulu économiser une course de taxi et avons décidé de venir à pied à notre hôtel, mais hélas cet hôtel est introuvable et voilà une bonne heure que nous marchons…
– Mais bien sur, répondit Hector, quel est donc le nom de votre hôtel ?
– L’hôtel des trois colombes,
– Effectivement, mes chers messieurs, vous êtes bel et bien perdus… heureusement vous êtes tombés sur la bonne personne, je vais vous y amener, montez…

Ce filou d’Hector, les embarqua et leur fit faire trois fois le tour de la ville avant de revenir devant l’hôtel des trois colombes… et les trois voyageurs qui ne s’aperçurent de rien lui laissèrent en plus un gros pourboire, ravis d’avoir enfin trouvé leur Hôtel.

Hector, aimait à raconter cette anecdote, et les trois “pigeons” qu’il avait si facilement bernés donnèrent ainsi son nouveau nom à l’hôtel des trois colombes qui fut rebaptisé l’hôtel des trois pigeons et qui donna plus tard son nom au quartier tout entier.

L’Oulette et la pourprée

d’Aubrée

oulette02Dans ce qui était encore un simple passage sans nom, se nichait une belle maison sous une arcade de briques rouges. Là, vivait une toute jeune fille que tout le monde nommait la Houlette car, de son passé de bergère, elle conservait ce grand bâton au manche recourbé servant à faire marcher droit ses moutons. Elle ne se déplaçait pas sans cet instrument, claquant d’un bruit régulier les pavés des rues avoisinantes. Ce matin-là, levée aux aurores, elle préparait la soupe qui mijoterait jusqu’au déjeuner de ses maîtres. Elle avait ramené ses longs cheveux bruns en chignon sous son chaperon bleu et enfilé rapidement sa longue chemise blanche. En ce mois d’octobre pluvieux de l’an mille six cent vingt et un, elle avait ajouté un bliaud gris pour se tenir un peu plus chaud. Elle vaquait à ses occupations journalières en attendant l’heure de réveiller Madame de Bourdeilles. Mais elle repensait aussi aux mots prononcés hier par la vieille Gersinde, la femme de charge de leur voisine, et elle n’arrivait pas à réaliser que cela soit la vérité. Sa Majesté le Roi Louis Le Treizième serait installé depuis deux mois au château de Piquecos, à peine à deux lieues et demie de sa belle ville de Montauban. Il envisagerait même de donner un assaut imminent aux magnifiques murs et bâtiments de sa ville natale !
Du haut de ses treize ans, la Houlette avait bien compris que Montauban la protestante, place forte si chère à son cœur, était l’objet d’attaques répétées depuis le mois d’août. Mais elle était loin de s’imaginer que la situation était aussi dramatique et ses jolis yeux verts en papillonnèrent de surprise. Elle fronça les sourcils en se remémorant alors l’énorme bruit entendu le vingt-deux septembre dernier au-delà des murs d’enceinte. Gersinde avait bien parlé de mine mais la jeune fille ne savait pas de quoi il s’agissait et n’avait pas osé en demander plus. Pourtant elle se souvenait fort bien de cette odeur âcre envahissant toute la maison ressemblant énormément à celle du mousquet de Monsieur de Bourdeilles. Et surtout, elle avait ressenti les inquiétudes de Madame lorsque Monsieur revenait de l’extérieur tout crotté et épuisé mais vraiment elle ne s’imaginait pas…
Ainsi donc, l’heure était bien grave puisque Le Roi lui-même était à leur porte !
La jeunette profita du temps dont elle disposait avant le lever de Madame pour aller visiter le petit Bérenger, palefrenier de son état, afin d’en savoir davantage. Lui qui chaque jour entendait les hommes en armes évoquer leurs batailles en termes souvent crus, lui ouvrit les yeux des plus abruptement. La guerre battait son plein ! Ne s’en était-elle pas rendu compte ? La ville serait assiégée demain… ou après-demain… dans un avenir très proche, en tout cas. Mais les Montalbanais étaient prêts à résister ; tous sans exception se battraient jusqu’au dernier ! Le sang de la Houlette ne fit qu’un tour dans sa maigre poitrine et elle se promit en son for intérieur d’agir, elle aussi, pour la sauvegarde de son pays montalbanais. Elle se réclamait à elle-même une action des plus radicales et… définitives.
Non loin de l’étable où travaillait Bérenger, elle découvrit un seau rempli d’une eau croupie d’être restée à séjourner ici depuis longtemps. Dans ce liquide jauni, toutes sortes de miasmes avaient proliféré au-dessus d’une masse boueuse et noirâtre plus guère identifiable. Des moustiques s’y étaient noyés ; des puces et des tiques y surnageaient en toute quiétude. Les effluves qui s’en élevaient auraient fait rendre tripes et boyaux à quiconque mais la Houlette était par trop déterminée. Elle préleva une bonne part de ce vénéneux liquide avec sa petite marmite dont elle ne se servait plus pour faire la cuisine.
La nuit venue, elle se glissa sans bruit hors de la maison et se dirigea vers le mur de la forteresse calviniste. Là, elle connaissait un passage de pierres éboulées que seuls un enfant ou une fille très menue pouvaient emprunter. Prenant garde à ne rien renverser, elle achemina son récipient jusqu’aux campements ennemis sans se faire remarquer. Elle déversa ensuite et petit à petit le dangereux contenu dans chacun des baquets d’eau potable des royaux. Puis elle attendit.
Les soldats du Roi, déjà à bout de force par la rude campagne qui s’éternisait, recouverts de plaies et aux prises avec les froidures, devaient encore se contenter de peu de pain. Lorsque les premières fièvres vinrent à les toucher, la soif les dévorait et ils se jetèrent sur les baquets d’eau avec avidité. C’est à ces moment-là que le jeune roi Louis, bien conseillé, ordonna qu’on donne quatre cents coups de canons contre la ville assiégée afin d’asséner à ce peuple d’hérétiques une grande frayeur qui les ferait se rendre promptement.
Comme chacun sait, ce fut peine perdue ! Dès le lendemain, la Houlette participa, elle aussi, au grand festoiement qui s’ensuivit et donna de la voix sur la plus haute muraille afin de bien faire entendre aux catholiques les rires des Montalbanais qui jamais ne se rendraient.
Mais le Roi n’en démordait pas et assiégeait encore Montauban malgré sa cuisante défaite. Après une nouvelle tentative de négociation avortée, il fit le tour des campements pour évaluer l’état de ses forces. Il découvrit alors des hommes au plus mal. Atteints de la pourprée, ils se plaignaient d’infernales douleurs à la tête et aux membres. Leurs corps étaient recouverts de boutons rouges purulents et sanguinolents. Le mal était venu d’on ne savait où et sévissait en décimant des rangs déjà bien dépeuplés. Epouvanté, Sa Majesté Louis le Treizième, quitta sur le champ, avec armes et bagages, la belle ville de Montauban.
C’est donc en hommage à cette enfant à l’action méconnue mais pourtant si déterminante pour la victoire montalbanaise sur la royauté et la chrétienté que le petit passage sans nom devint la rue de l’Oulette.

Le dixième dragon

de Jacques Lagrois

dragonMarcel Lenoir posa son couteau ce soir du 25 juillet 1892, il était rouge de sang. Ce Marcel là, né Sanstrous de par sa mère, remariée, ne disposait que de peu de moyens. Trop pauvre, mal habillé, il n’avait pour toute chemise qu’un méchant tissu mangé par les mites, trop juste pour lui, tenu à chaque épaule par une ficelle. Il ne se rendait pas compte encore de la besogne qu’il venait d’accomplir. Grâce à lui, Montauban, cité oh combien réputée, depuis que quatre cents boulets s’étaient abattus en vain sur la ville, allait sortir du moyen âge pour entrer dans l’ère du modernisme économique.

Sa victime, Marcel l’avait abandonnée aux rats. Montauban venait de perdre le dernier gardien de son argent. Celui-ci, avait veillé, comme l’avaient fait avant lui, ses neuf prédécesseurs sur les sous, les roubles, les roupies et autres monnaies enfermées dans un sous sol obscur. Cet argent entreposé sous la cathédrale aux murs construits en 739, dormait en toute légalité sous le ventre du dixième dragon de la dynastie de dragons bulgares attachés par statut royal à notre bonne ville. Les neuf précédents avaient accompli leur besogne sans jamais se plaindre ni se faire connaître. Leur simple présence évitait les gardes armés. Le voleur le plus téméraire était grillé sur place à la moindre tentative d’effraction après avoir été excommunié, ce qui était un moindre mal. L’évêché ou la préfecture faisait disparaître le corps, un voleur de plus ou de moins ne se voyait pas dans cette cité prospère qui vivait de minoteries, d’étoffes et de lainages. Or ce jour, le dixième descendant de la lignée bulgare refusait de laisser sortir le moindre kopek de sa couche. Depuis l’office du matin, notre gardien ailé soufflait comme une forge à la moindre demande du directeur à toucher quelque argent pour payer les créanciers de la ville. Il ne voulait pas laisser sortir le moindre sou, atteint lui aussi par l’avarice, maladie fort répandue parmi les membres de l’espèce. Pour comble de malchance la maréchaussée, appelée à la rescousse était trop occupée à pourfendre à coups de sabre une jacquerie. Félix le jars, un anarchiste très connu menait une révolte au sud de la cité et avait gagné à sa cause quelques dizaines de paysans miséreux.

Ce 25 juillet, un tirage au sort fut organisé à seize heures sous contrôle, et c’est le nom de Marcel Lenoir qui sortit du chapeau. On alla le chercher, on lui fournit le couteau du boucher de la rue et on le chargea de faire entendre raison au dragon. Il allait de soi que personne ne devait être au courant, la confiance des citoyens envers leurs banquiers devait être sauvegardée. La gente montalbanaise imaginait l’argent gardé par des hommes en armes, un dragon gardien des finances de la ville, cela faisait mauvais genre. A cinq heures de l’après-midi, Marcel pénétra dans la banque. A cinq heures quinze un vacarme se fit entendre qui dura quelques minutes. A cinq heures trente, cette branche de la dynastie des dragons prit fin avant que le dernier ne puisse se donner une lignée. Nul ne sut comment celui-ci fut occis et Marcel garda le secret. Les grands du royaume firent de même afin de ne pas courroucer les monstres ailés de Toulouse et d’Albi, par ailleurs fort chatouilleux sur leur statut. Quant à la population qui ignorait jusqu’à leur existence, elle n’apprit jamais rien de cet épisode. Il fallut, pour autant, donner des gages aux cousins, arrières cousins et neveux bulgares couchés eux aussi sur des espèces sonnantes et trébuchantes. On décida donc de nommer une rue « dixième dragon » et l’on créa ce même jour un corps d’armée à ce nom. Marcel eut lui aussi sa consécration bien plus tard mais pour d’autres raisons. Il légua à sa mort à la ville, ce méchant tissu qui lui couvrait le corps ce fameux soir que l’on nomma le « marcel ». Quant à la ville, depuis ce fameux jour, pour veiller sur son argent, elle créa la banque de France, avec moult portes blindées et grilles aux mille clés, rue de la banque, mais ceci est une autre histoire.

Place du faux rhum

de Protocol Arôm’ (alias Norbert Sabatié)

faux-rhumIl en est peu qui connaissent l’épisode néo-classique de cette place comtale devenue royale, puis impériale et enfin nationale. Au temps d’une prohibition affichée, c’est Place du faux rhum que s’improvisaient des joutes oratoires nourries de thèmes alambiqués et que se livraient maints produits alcoolisés, nuitamment bien évidemment… Comme les débits ne pouvaient avoir pignon sur rue, c’est un commerce souterrain qui s’était installé dans les caves à élixir creusées sous les doubles rangées d’arcades et auxquelles on accédait par un escalier à vices dissimulé au fond d’un passage (celui du n°17 pense-t-on, d’où certaines résurgences récentes…)
Au clair de lune donc, des gabarres déversaient leurs tonneaux provenant d’un commerce circulaire particulier jusque dans la grande réserve tenue secrète au bas du vallon de la Mandoune. De là, les produits distillés parvenaient par des tuyauteries jusqu’au silo central enfoui sous la Porte du Griffoul. Alors, un système de siphonage ingénieux faisait remonter « l’or des îles Uzion» vers les soubassements du Forum (abréviation toute désignée de la Place). En fait, il s’agissait d’un vin chaud inégalé dont les seules effluves pouvaient provoquer un délirium très mince, voire très prononcé chez certains accros incapables de remonter à la surface. On comprendra aisément que le décorum était réduit à sa plus simple expression et que plusieurs pandores aussi bien que certains édiles pouvaient entonner le refrain des tonsurés lors des matines : « Frère Zacques, buvez-vous, cuvez-vous ? Passez la bibine, passez la divine… Eh, hein, bon ! » Après ce temps bénit, il en vint un autre.

Rue Léon Cladel

de Gaston Binvéria

cladelComme un mur, formé par de grassouillets vétérans lors d’un coup-franc, le hasard est incontournable. Quel rapport entre la balle au pied, autrement dénommée football, et cette rue partant de l’hôpital urbain pour aboutir à la tour du Rond ? Peut-être l’aile de pigeon, geste technique du footeux…
Mon récit est le calque fidèle des paroles d’un habitant du quartier Villenouvelle. Toute tentative d’y déceler des approximations serait vaine même si l’anonymat convoque automatiquement le doute.
Ce témoin fiable a emménagé dans un appartement de la rue Léon Cladel, côté impair, en 1974. Adolescent, il passa de longues heures à dompter un ballon rond sur le parvis et les deux aires de jeux latérales de l’église St Jean-Villenouvelle. Pour situer davantage son terrain d’entraînement, opérons un zoom sur l’actuel square Robert Lapoujade. Dans les interstices des briques, de nombreux pigeons venaient s’abriter. Notre footballeur débutant travaillait la précision de ses tirs lors de séances intensives en appliquant un barème de points assez cruel. 10 points pour le pigeon éclaté contre le mur, 5 points pour une amputation de l’aile et 1 point pour des plumes détachées.
Le curé d’alors ne se plaignait guère de cette régulation naturelle d’autant plus que le voisinage ne supportait plus les écoulements et roucoulements de ces volatiles. Le carrefour des 3 pigeons, où un bâtiment dédié à la gastronomie trônait fièrement, ancra cette tradition de population massive des pigeons dans la mémoire des montalbanais.
Les pigeons disparurent avec la fermeture du fameux hôtel-restaurant mais, par survie instinctive, quelques spécimens continuèrent de fréquenter les toitures de l’église proche. L’ancien footballeur avait récemment éprouvé les plaisirs de la plume littéraire. Le hasard lui fit traverser cette rue Léon Cladel en déménageant dans une maison, côté pair. Il enfouit alors, dans les abysses de l’oubli, les carcasses écrasées des péchés de jeunesse. Mon informateur local lut quelques bribes de la vie de l’écrivain Léon Alpinien Cladel, né le 13 mars 1835 à Montauban. L’appartement hérité du paternel deviendra lieu de séjour d’été pour la famille Cladel. Or, cette évocation rapide fit remonter le souvenir honteux et traumatique des mauvais traitements infligés aux oiseaux.
Le jeune plumitif hurlera comme un possédé : « Ne me parlez plus des Cladel !!! ».
Le hasard scella ainsi les destins d’une famille d’écrivain célèbre et de pigeons mutilés. En effet, ne parlons plus d’éclats d’ailes….

L’oncle d’Adèle

Origine des rues et monuments de Montauban

de Jean-François Richard

origineLa prison de Beausoleil a été crée par Louis Cabanes qui a laissé son nom à une impasse.
L’emplacement du théâtre municipal ne doit rien au hasard,car Fragnot a voulu qu’il soit à côté de la rue de la comédie.
Le jardin des plantes doit son nom à sa flore et à sa faune si particulière.
Au Moyen-Âge,la rue fraîche était connue pour être une rue chaude à Montauban.
Dans un souci d’équité on construisit le cimetière rue de l’égalité à Montauban.
Le rêve de tout artiste est de laisser son nom à un musée.Celui d’Ingres est connu dans le monde entier alors que celui de Victor Brun est tombé dans les oubliettes du Muséum d’histoire Naturelle…
Quelle injustice patronymique!
Il est vrai que les illustres inconnus qui ont posé pour Ingres ont été immortalisé par ce dernier, alors que les reptiles et les oiseaux du Muséum n’ont pas eu la chance d’être empaillés par un taxidermiste célèbre…
Comme quoi, la destinée tient parfois à peu de chose…
Toutes ces institutions supportent mal les outrages du temps.
Quand ce ne sont pas les fantômes du Musée Ingres qui deviennent asthmatiques à force de respirer les vieilles toiles poussiéreuses, ce sont les spectres du Muséum d’histoire Naturelle qui éternuent à cause des acariens, effrayant parfois les visiteurs au détour d’un couloir…
La neurasthénie ne touche pas que les seuls gardiens de musée les revenants peuvent déprimer aussi , la vie de fantôme n’est pas rose tous les jours…
Rendons la liberté aux objets inanimés et aux âmes en peine en faisant des musées à ciel ouvert.
Libérons les âmes des tableaux et des sculptures, et brisons les chaînes des fantômes qui hantent ces lieux.
Ne vous étonnez pas si vous n’entendez plus le violon d’Ingres jouer du Bach la nuit, les fantômes ont droit eux aussi à leur repos éternel.

Rue Corail

de Nelly Boucheron Seguin

corailIl y a des lustres de cela, les Édiles de Montauban ouïrent dire par les pontes de la SNCF qu’un train nommé (non pas Désir) mais Corail, passerait par Montauban et ferait halte à la gare Villenouvelle.
Quelle merveilleuse idée ont eue ces messieurs de la SNCF: pour ce train pas de sigle, pas de chiffres abstraits mais une couleur tellement lumineuse sur la palette des peintres.
Dans la Cité d’Ingres, comment n’avoir pas songé à saisir cette jolie couleur dans la ville.
Sans surseoir le Conseil municipal réuni au grand complet décida de baptiser la rue bordée de maisons de briques aux reflets chatoyants, non loin de la gare, rue CORAIL.
Mais le temps passant le train Corail supplanté par le rapide TGV fut détourné de la charmante gare Villenouvelle.
De dépit le Conseil municipal réuni derechef débaptisa la rue au si joli nom: la peinture fit place à la littérature avec Émile Pouvillon.

Pour la gloire d’une équipe…

de Jean Michel Souques

rueblancpot-01Ce jour-là, le conseil municipal fut plus débridé que de coutume. Il faut dire que le maire de la ville sortait de trois jours de fête ininterrompus. D’abord, la procession : une file de voitures hurlantes, deux chevaux écrasées par les grappes humaines, quatre chevaux épuisées, Panhards verdies  pétaradant  avec les panards des occupants à l’air, autobus fleuris de drapeaux et autres écharpes comme autant d’oriflammes, R8 ou Dauphines bleues ou jaunes mais toujours rayées de l’avant à l’arrière du trait noir de la guerre, j’en passe ! Bien sûr qu’il y avait aussi des 204 et DS sur la route entre Bordeaux et Montauban, contentes de leur klaxon bloqué aussi ! Puis, tout ce monde en liesse absolue avait envahi les rues, et cela durait encore, ce sentiment de toute puissance exalté par trop de joie et un peu trop de petits verres. Souvenez-vous : il y a bientôt cinquante ans, non, déjà ?
« Ah ! Loulou, Loulou !», répétait le maire, en se soutenant à son pilier numéro 3, « quelle victoire, quelle victoire, mon capitaine ! Mes chers administrés, on a gagné !  Austerlitz pour nous, pour moi, et Waterloo pour ce faux frère de Chaban, qui ne mérite plus de s’appeler Delmas comme moi, puisque je suis Napoléon vainqueur !!! »
Et la salle, à bout de fatigue et néanmoins encore avivée : « On a gagné, on l’a, on l’a, le Brennus ! Vive Brennus, vive le maire, vive Napoléon, on a gagné, on a gagné, on a gagné !!!… »
En titubant, le maire s’en va vers la carte de la ville plaquée au mur, il se tient de la main gauche contre lui, se retourne à moitié. Puis il réclame silence. « Il faut au moins une rue pour l’événement, oui, une rue, là !!! ». Sa main droite fait un quart de tour, tombe sur la feuille de papier, l’index impérieux, rue Jules Guesde qui, en ce temps là, allait directement  de Camille Delthil à Honoré de Balzac.
Puis, se ravisant brusquement :
« Non, non, c’est impossible, c’est mon maître, Jules, c’est mon parti politique, je ne peux pas le remplacer !!! »
« La rue, la rue, la rue ! » continue à demander la foule puisque c’est une promesse d’élu.
«  Bon, oui, d’accord, mais juste les cent derniers mètres pour l’essai que nous a refusé cet arbitre intransigeant. Il y était, si si, Loulou, il y était, l’essai! Même Roger Couderc n’a pas compris qu’il nous le refuse! Allez ! On va dévier la rue Guesde vers l’Avenue des Mourets pour ne rien enlever à Monsieur Guesde! Non mais !!!  Et il faut dresser au bout des poteaux de rugby !!! Mais quelle équipe, quelle équipe !  Battre Bègles avec ce score, c’est, c’est … »
On ne saura jamais l’adjectif grandiose auquel il pensait car il a fallu que deux hommes forts, rugbymen invités, le soutiennent pour un petit somme immédiat.
Ainsi a-t-il été fait : on a dévié la rue Jules Guesde et baptisé le bout « Rue Louis Blanc ». On y a planté un poteau de part et d’autre, et une transversale à trois mètres, comme il se doit.
Mais un camion un peu haut a décapité le tout, juste la veille où EDF voulait placer ses propres poteaux. Et, depuis, rien n’a été reconstruit ! Je me permets de protester pour que les vœux du maire soient comblés, pour le cinquantenaire !

Les 400 coups

d’Alex Andrin

rugbyJe voudrais revenir sur une expression bien connu et qui fait la fierté des Montalbanais. Les 400 coups
Cette expression est ainsi orthographiée car de savants historiens l’attribuent à l’époque de Louis XIII qui décida de faire tirer 400 coups de canons simultanément sur la place forte Quercynoise alors baptisée la petite Genève française. Il pensait ainsi effrayer la résistance huguenote…
Pour être précis ce sont plus de 600 coups de canons qui furent tirés sans faire capituler les Montalbanais mais en faisant rougir de honte l’armée royale (décimée peu après par la fièvre pourpre)….
Il est donc clair que l’expression des 400 coups ne vient pas de cette page historique de notre ville mais d’une autre plus récente et plus sportive
En 1967 L’USM l’équipe de rugby de Montauban ou devrais-je dire de Sapiac est sacrée championne de France et ramène le bouclier de Brennus sur les rives du Tescou (ruisseau qui passe tout prés de la cuvette de Sapiac et dont les eaux sont réputées et très appréciées par le corps arbitral de ce beau sport qu’est le rugby)
A cette époque les deux piliers de l’équipe ainsi que leurs deux remplaçants étaient (comme tous les piliers d’ailleurs) aussi larges que hauts avec des épaules massives et une tête toute ronde qui rappelait plus la forme d’un ballon de football que l’ovale délicat d’un ballon de rugby. Cette tête semblait planté directement entre les épaules et l’on aurait pu croire qu’ils n’avaient pas de cou.
Le jour de la victoire ils posèrent ensemble pour la une du journal local, et le journaliste, qui n’était pas un spécialiste de la rubrique sportive, ne trouva rien de mieux que de se moquer de leur physique en sous-titrant « Les 4 sans cou de Montauban »
Voilà, la vérité sur cette fameuse expression est rétablie, et je la tiens de source sûre puisque le journaliste en question n’était autre que mon père qui m’a légué la fameuse photo et son goût prononcé pour les calembours douteux.

Rue de la comédie

d’Alex Andrin

comedie01Tout montalbanais pense que la rue de la comédie porte se nom parce qu’elle dessert le théâtre Municipal, mais la raison en est tout autre…
Face au Théâtre il y a depuis toujours un débit de boisson ou les comédiens et les spectateurs se retrouvent après les spectacles pour discuter autour d’un verre de leur soirée.
Mais pour certains c’est parfois autour de plusieurs verres que la soirée se poursuit…
Il y a de cela fort longtemps Eddy Casse, grand fan d’une comédienne de l’époque finissait toujours ses soirées dans cet estaminet espérant pouvoir approcher son idole après l’avoir admirée sur scène, et peut être, sait on jamais obtenir de sa part une signature sur la photo d’elle qu’il avait découpée dans un journal…et qu’il portait toujours dans sa poche prés de son coeur
Hélas, les verres se succédaient mais la belle ne se montrait jamais et Eddy repartait, éméché, titubant vers ses pénates.
Un soir de grand vent Eddy particulièrement imbibé chutât et dévala la rue, roulant comme une barrique jusqu’à la place appelée aujourd’hui « Des fontaines ».
La légende d’Eddy Casse raconte qu’au bas de la rue il fut percuté par un attelage et mourut sur le coup. A bord du fiacre Le seul témoin de la scène, La comédienne tant adulée par Eddy signa le procès verbal de l’accident… Et oui c’est depuis ce jour que l’on appelle la signature d’une idole à son fan une dédicace.
Mais pour en revenir au nom de la rue qui nous intéresse c’est depuis ce fait divers un peu glauque que les gens ironisent lorsqu’ils voient une personne ivre sortir du bar et s’engager dans cette rue en disant « il va descendre la rue comme Eddy »

L’île Pissot

de Nelly Boucheron Seguin

pissot02

Sous le couvert de « Réserve ornithologique » à la connotation scientifique, se cache une tout autre vérité scrupuleusement dissimulée, concernant l’île de la Pissotte.
Sous le regard amusé des deux musées, à l’occasion de la fête de Saint – SAPIACOU, des joutes nautiques étaient organisées sur le Tarn. De part et d’autre des rives de l’île s’affrontaient, d’une part le Boulet de Montauban contre le Pruneau d’Agen, d’autre part le Chasselas de Moissac contre l’Ail de Lautrec.

Le vaincu de chaque camp regagnait l’île à la nage.
Mais il fallait récompenser le vainqueur parmi ces deux Robinson. Là, sur la terre ferme chacun faisait appel à la puissance de sa vessie, le vainqueur étant celui dont le jet allait le plus haut.
Et depuis les barques et les berges du Tarn retentissaient les encouragements des supporters: « Pisse haut, pisse haut, pisse haut » et l’île devint : l’île Pissot.
Le comité des Sages et l’ALMA voulurent mettre fin à cet état de fait dégradant pour la Cité et décidèrent de féminiser le nom de l’île.
Les puritains furent alors ravis de la décision et depuis les oiseaux se reproduisent ornithologiquement dans l’île de la Pissotte.

Un balcon bien fourni Place du Coq

de Lou Truffandie

coqOn sait qu’au Moyen-Age était établie dans la rue Saint Jacme, actuelle rue de la République, une famille de commerçants réputés, les frères Bonis. Ils vendaient de multiples objets provenant parfois de contrées très lointaines. Leurs livres de comptes éclairent l’histoire de Montauban. En effet leurs marges sont annotées des informations sur le climat et les événements qui se passaient en ville.

Ce que l’on connaît moins, c’est que quelques siècles plus tard, à quelques maisons de là vivaient les sœurs Boniches. Au nombre de six, elles faisaient commerce de leurs charmes. Leur appartement situé au premier étage d’un immeuble face au temple neuf était très fréquenté par la jeunesse huppée de la ville. On se rassemblait parfois bruyamment sous leur balcon où pendait une enseigne forgée en forme de coq. On faisait même la queue dans la rue pour être dans les premiers à passer. Il y en avait pour tout le monde car les six dames étaient toutes plus belles les unes que les autres et abondamment pourvues en charmes. Au vu de la parade incessante des jeunes coqs sous le balcon des cocottes, la place du Temple Neuf fut rebaptisée place « des coqs » puis « du coq ». Récemment un fameux serrurier refit le coq en ferronnerie qui avait été volé.

Il n’en reste pas moins que l’expression « il y a du monde au balcon » vient du fait que les sœurs Boniche  n’avaient pas volé leur nom.

Le Point de Chaume

de Philippe Bernadou

chaumes02Si l’on sait, depuis les travaux du Pr. Lorànt Deutsch, que l’expression « se mettre en grève » vient de la Place de Grève à Paris, une plage de gravier en bord de Seine où se réunissaient les ouvriers désœuvrés, à l’emplacement de l’actuel Hôtel de Ville (nous étudierons une autre fois la prédestination des lieux), on sait moins en revanche que le mot « chômeur » est originaire de Montauban.
Au XIXe siècle se tenait à la sortie est de la ville, en direction de Saint-Martial, une « foire aux bras », où, tous les matins, le régisseur des terres des Huit Grandes Familles, un certain Monsieur Paul, choisissait parmi les dizaines de volontaires ceux qui seraient employés pour effectuer les moissons, contre quelques sous et un bol généreux de soupe au lard. Cette pratique, tombée en désuétude, est heureusement préservée dans plusieurs contrées latifundiaires.
Ceux qui avaient été refusés attendaient, en jouant à la belote et en buvant l’absinthe, de pouvoir en fin de journée exercer leur droit de glanage, qui est celui de ramasser les épis tombés parmi les chaumes. Ils se nommèrent eux-mêmes par dérision « chaumeurs » et baptisèrent avec une précision clinique leur lieu de rendez-vous matinal « le Point de Chaume ».
N.B. : Les Archives Municipales conservent, sous la côte BZH29, une des affiches utilisée pour recruter les journaliers : « Vous êtes chaumeur ? Paul emploie ! »

Cours, Foucault !

de Danielle Deloche

foucaud02Dans les temps anciens, le Pays des Trois Rivières, généreusement humide et fertile était le royaume des escargots. Je n’en veux pour preuve que la forme de notre ville, bâtie en forme d’hélice autour de sa place centrale.
Au nord-est de notre actuelle cité, au sortir de la boucle du Tarn, était organisée tous les ans une grande fête en leur honneur, le jour du Printemps. En effet, vous aurez remarqué qu’il pleut presque toujours le jour de la fête de la musique, ce qui ne plait guère aux musiciens et aux badauds mais qui permettait aux gastéropodes de donner le meilleur d’eux-mêmes.
Il s’agissait d’une course d’escargots. De toute la contrée, arrivaient ventre à terre, les propriétaires de haras, les héliciculteurs, portant dans leurs précieuses escargotières autant d’animaux de course surentraînés et affamés qu’ils le souhaitaient. Les pistes étaient constituées de planches en bois rondes, humidifiées, au bord desquelles attendaient les récompenses : bardane, coquelicot ou lys. L’insolent Hélis Asperia, plus communément et improprement nommé Petit-Gris malgré sa couleur brun-doré, bavait sur le puissant escargot de Bourgogne. Chaque concurrent, corps tendu, cornes étirées, œil fin et vif, portait le brassard de son propriétaire.
La compétition se déroulait en plusieurs étapes sous le regard attentif d’arbitres assermentés, chargés de remettre dans le droit chemin l’escargot mordeur ou batifoleur. La finale ne conservait que les 10 meilleurs concurrents des 10 meilleures écuries. A cette occasion, la foule des supporteurs surchauffée criait ses encouragements à son escargot préféré, baptisé du nom de son propriétaire et c’était des « Allez, Sapiac ! », « Fonce, Jourdain ! », « Monte, Auban ! », « Cours, Foucault !».
Ce sport antique est resté gravé dans la mémoire de notre cité. Ce n’est pas par hasard que le quartier héberge l’hippodrome et de nombreux terrains d’entrainement. Et c’est pour rendre hommage à ces célèbres Olympiades que le Cours Foucault a hébergé l’étape du Tour de France 2016.

La roseraie du parc Chambord

de Brigitte Topiaire

roseraie03« C’est beau mamie, toutes ces fleurs! s’écrie l’enfant.
– Oh oui, c’est une des plus belles roseraies de France, et tu sais, j’ai eu le bonheur d’y participer.
– Tu as planté ces roses?
– Pas toutes. C’est une très belle et longue histoire :
Tu vois,  là… Il y a le lycée Jules Michelet, et là…le lycée Antoine Bourdelle.
Avant… la roseraie était une friche. L’herbe y était très haute, mais les lycéens y venaient quand même tous les jours. Même les élèves du lycée agricole Capou, près du Tarn, les rejoignaient, et pourtant, ça leur faisait loin.
– Pourquoi vous alliez dans la friche?
– Pour nous reposer, nous détendre après les cours. Certains lisaient, d’autres faisaient leurs devoirs, et souvent les amoureux s’y faisaient des bisous. Parfois, il y avait des disputes aussi. Ça c’est moins bien.
– Et toi, tu y faisais quoi?
– En tout cas, je ne me disputais pas… C’était en 1975, une année exceptionnelle par l’ambiance entre les trois lycées. Les élèves de terminale avaient conscience qu’ils vivaient un moment privilégié dans leur vie. Ils étaient tristes de savoir qu’ils allaient se séparer et peut-être ne plus se revoir.
– Ils ne pourraient plus se retrouver dans la friche?
– Si, mais ils allaient changer d’école, et beaucoup allaient quitter Montauban.
– Tu ne m’as pas dit qui a planté ces roses.
– C’est vrai. Eh bien, la friche appartenait aux parents d’un élève très gentil, et amoureux. Il a demandé à son papa s’il pouvait débroussailler pour que tous les lycéens, les amoureux, et aussi tous les autres, puissent y planter une rose en souvenir, et le papa a accepté.
– Elle était où, ta rose mamie?
– Elle était là, au bout de l’allée. Elle était rouge, au parfum délicat. Elle a embaumé tout l’été 1975 ! Ma rose n’est plus là, mais tu vois, ces jolis tapis multicolores montrent qu’il y a toujours beaucoup d’amour et d’amitié à Montauban.
– C’est magnifique mamie. J’aimerais bien moi aussi, planter une rose blanche… »

Le pont des consuls

de Nonoko

consuls02Printemps 1883. Les ouvriers s’attroupent autour de la cabane de chantier sur la place du théâtre. Il est impossible de reprendre les travaux du pont au-dessus de la Mandoune. Monsieur le maire a sa tête des mauvais jours. Avec le sergent de police, il interdit l’accès aux échafaudages. Au pied du pont, la gendarmerie montée endigue les Montalbanais venus voir la créature tentaculaire qui a pris possession de l’ouvrage en travaux. Elle laisse tomber ses longs tentacules dans l’eau de la Mandoune pour capturer du poisson.
Le cryptozoologue de l’université de Toulouse arrive en fin de matinée et s’écrit « c’est une petite orseille ! Rien de grave !
– Rien de grave ? c’est vite dit, s’indigne le maire. Les travaux doivent reprendre au plus vite. Il faut chasser cette bête !
– Vous n’avez pas plus de pouvoir sur une orseille qu’un escargot sur une baleine, tempère l’universitaire.
– Je vais demander aux cantonniers de faire un grand feu sous l’arche du pont pour chasser cette créature malvenue !
– Je vous le déconseille fortement. Les orseilles s’agrippent de toute la force de leurs mandibules. Sous la morsure des flammes, leurs convulsions font s’écrouler les ponts. La patience est la meilleure des armes. Elles ne restent jamais plus de 3 jours au même endroit. »

Au grand désarroi du maire, les ouvriers sont au chômage durant trois jours. Le cryptozoologue, rapidement rejoint par ses étudiants observent à loisir ce rare spécimen d’orseille. La bête s’installe souvent sous les arches des ponts. Cette passerelle entre deux mondes est son terrain de jeu un peu comme un chat, mais à l’échelle d’un pont. Elle saisit un badaud imprudent ou le plus souvent un chien et joue avec durant des heures, jusqu’à l’épuisement de la proie.

Été 1883. Le conseil municipal vient de voter le nom du pont. Il s’appellera “Le pont des consuls”. Élus et conseillers se congratulent, se félicitent et Hubert Devinasse déclare avec sarcasme « ce nom, pont des consuls, témoignera de notre imaginaire fertile et illuminera chaque Montalbanais de son évocation poétique pendant des siècles et des siècles.»

La rue des rondelles

de Martin Dossau

rondelle02Je souhaiterais par votre intermédiaire apporter une précision au Dictionnaire des rues et des chemins de Montauban, plus particulièrement à l’article consacré à la rue des Rondelles, dont il ne semble pas que l’Académie soit assurée de l’étymologie.

Or nos recherches pour notre futur ouvrage sur les actrices françaises du cinéma muet nous ont révélé qu’était née au n°43 de cette rue Denise Reydellet, qui eut son heure de gloire dans les années 20 sous le pseudonyme de Daisy Rondell.

Après des débuts difficiles au théâtre, elle obtient un premier prix au festival de grimaces de Bredene-aan-Zee dans la catégorie « on m’a encore marché sur les pieds ». Sa remarquable expressivité et sa liaison avec le producteur De Kempeneer lui ouvrent les portes des studios Karreveld à Bruxelles où elle sera entre autres La fille de Baudouin (réalisation Moritz Vanderbaü), La jeune fille au pair de Gand (Arthur Zootemelk) et l’héroïne de L’iode du phare, un film promotionnel pour les thalassos à Zeebruge.

Comme pour nombre de ses consœurs l’avènement du parlant la renverra à ses foyers, d’autant qu’elle ne maîtrisait d’autre langue que l’occitan et qu’elle était affublée d’une voix de canard musqué « bien pire que celle de Marlène Jobert », selon un critique de Ciné Revue.

Elle disparaît en 1942 dans le naufrage de la péniche La Belle Poule coulée par un sous-marin allemand dans le port de Montech. Le conseil municipal ayant décidé de donner son nom à une rue du centre ville, le greffier griffonna sur une main-courante « faire 2 plaques Rue D, Rondell » et nous constatons, rue des Rondelles, comment le graveur interpréta ce brouillon…

Cruel acharnement du destin sur notre pauvre Daisy ! La confusion se répéta en 1981 quand on voulut réparer cette erreur et que fut baptisé au Ramiérou la rue des Hirondelles !

De la tolérance dans la rue Malcousinat

de Guillaume Catay

© Rueda

© Rueda

Le nom de cette rue fut probablement donné au XVIeme siècle. Il signifiait « mauvais voisinage » en patois d’oc. N’en déplaise aux amoureux de la légende qui voudraient qu’Henri IV ou Napoléon, de passage à Montauban, ayant fort mal mangé dans une taverne de la rue, aurait dit, en sortant de table : « aco es malcousinat ». Une fois de plus la légende éclipsa la réalité.
Au vrai, le nom de la rue vient bien de son étymologie occitane « mauvais voisinage » car outre les nombreux poulaillers intérieurs et les oies que l’on pendait dans les cours, il existait au 5 de cette rue (actuel numerus 7) une maison de tolérance. Une affaire si bien établie, que la seule femme qui parvint à la faire fermer, fut Marthe Richard en 1946. Des écrits ainsi qu’une étude sur l’immeuble montrent que cette maison devait être d’un grand luxe, en effet on note déjà au XVIIeme siècle une source intérieure, et un système permettant aux domestiques de monter l’eau grâce à des pompes intérieures (la machinerie reprenant le système de la vis d’Archimède est visible à l’ancien collège de Montauban). L’eau courante avant l’heure.
Monsieur Ligou, dans son Histoire de Montauban, aux éditions Privat, parle de cette maison close au chapitre « petit commerce et grande échoppe ». Cependant il ne parle pas de Madame de Mertiac (pseudonyme de Pernette Berichon, souteneuse de 1769 à 1792) et du très fameux carnaval des cochons. Cet épisode nous est relaté par un chroniqueur anonyme qui explique, le mécontentement de cette femme face au clergé dépravé qui fréquentait assidûment son établissement. En 1786, le jour du carnaval, elle décida de jouer un tour aux ecclésiastiques. Exigeant le payement anticipé de cette journée de débauche ; elle mit, dans les draps des prélats, des truies sales et grasses. Le rapporteur conclut son histoire par le fait qu’un des abbés (l’abbé Duprat) fut appelé le Truiard, à cause de sa grande pingrerie.
Toujours est-il, que la présence pestilentielle de ces bêtes, n’incita pas les Montalbanais à changer le nom de cette rue, au mauvais voisinage.

Le ruisseau des folles

de Nonoko

folles04Le ruisseau des folles se jette dans le Tarn en amont du pont de l’Avenir. Son lit encaissé bordé d’une abondante végétation en fait aujourd’hui un ruisseau très discret. Mais dans le passé, le ruisseau des folles était dégagé et tous les Montalbanais connaissaient sa funeste réputation.
Les folles dont le ruisseau tire son nom sont les mères infanticides qui venaient noyer leurs nouveau-nés. Cette pratique monstrueuse était l’oeuvre de femmes victimes d’une contraception inexistante, victimes d’enfants non désirés, victimes d’une société moralisante, et qui n’avaient d’autre choix que de fuir la ville ou de faire disparaître l’enfant. La nuit venue, elles partaient à l’écart de la ville et traversaient quelques champs jusqu’aux berges du cours d’eau. Les nouveau-nés s’asphyxiaient rapidement sous l’eau glacée du ruisseau. Les femmes folles regardaient le courant emporter les petits corps sans vie et souvent elles sanglotaient de désespoir, cruellement partagées entre la délivrance et l’ignominie. A cette époque, le ruisseau des folles passait pour un lieu maudit et hanté par des lavandières de nuit(1).

De nos jours, ces superstitions ont complètement disparu et les femmes ont bien heureusement gagné la liberté de leur contraception et le choix d’enfanter.
Mais en 2008, la journaliste Liza Avinenc relate un étrange fait divers (2). Chloé et Thomas ont 16 ans. A l’été 2008, ils vivent leur premier flirt et lors des premiers jours des vacances scolaires ils se livrent à des escapades nocturnes. Une nuit de pleine lune alors qu’ils traversent le petit pont de bois qui enjambe le ruisseau des folles, Chloé est saisie de très fortes douleurs abdominales. Thomas, paniqué, la soutient et l’aide à s’agripper à la balustrade du pont. Chloé découvre soudain que l’eau du ruisseau qui s’écoule sous ses pieds a pris la couleur du sang. Autour d’eux, des spectres d’anciennes lavandières apparaissent. Agenouillées au bord du ruisseau, elles semblent battre quelque chose contre la berge, elles semblent donner toute leur force à tordre quelque chose. Ce n’est pas du linge sous la lessive sanglante, mais des cadavres de nouveau-nés. Thomas redoublant de courage, parvient à hisser Chloé sur son dos et à emmener son amoureuse loin du petit pont où la jeune fille reprend peu à peu ses esprits.

(1) Les historiens et anthropologues spécialistes du folklore et du légendaire comme Paul Sébillot et Claude Seignolle relatent de très nombreux ruisseaux, rivières ou lavoir hantés par des lavandières. L’infanticide par noyade était très répandu.
(2) “Une adolescente victime des lavandières de minuit”, article de Liza Avinenc, publié dans Le petit journal, édition du 3/9/2008

Les grosses pierres blanches

de Vincent Ligou

cathedraleUn jour un bonhomme est arrivé à Montauban avec un mulet. Sur ce mulet il y avait des grosses pierres blanches d’on ne sait où. Rien à voir avec la brique du coin en tous cas. Il a traversé le pont, est remonté un peu plus haut sur la pente. Il a vu un joli endroit qui semblait lui plaire. Il a posé ses pierres et reparti en chercher d’autres. Le pauvre homme croulant sous le lourd fardeau a fait le trajet longtemps, longtemps… Les habitants de Montauban le regardaient passer perplexes et amusés. Ils croyaient qu’il les amenait pour combler les trous qu’il avait fait de loin avant de venir.
Mais non, au lieu de cela, il casse les rues et maisons autour et construit une grosse masse blanche en plein milieu avec des tours carrées.

A la fin, il est monté sur le toit et il a dit « Bon, maintenant, ici vous la fermez et je suis le chef ! »
Et il a fait signer un papier par un bonhomme en rouge mais on sait plus le nom.

Plus tard, pour soutenir l’équipe locale de rugby on a peint le toit en vert et les murs en noir. Mais comme cela demandait trop de peinture, les murs sont restés blancs.

Un génie sans bouillir

de Philippe Bernadou

genie02L’hiver de 1879 fut on le sait le plus froid de l’Histoire depuis l’invention du thermomètre. Les provisions de bois s’épuisaient et l’oléoduc Bakou-Birac n’était pas encore en service (1885). Giuseppe Passannente, un anarchiste italien réfugié à Montauban où il avait ouvert une pizzeria après un attentat raté contre le roi Umberto Ier, mit ses talents de chimiste au service d’un procédé lui aussi révolutionnaire : la cryogénie culinaire. Par le biais du renversement radionique il parvint à faire cuire ses spaghetti (et ses fetuccine, ses papardelle, ses penne ziti, ses penne rigate, ses penne sur Tarn) à l’eau glacée et non plus à l’eau bouillante, sauvant de la famine ceux que le verglas laissait parvenir à son établissement. Parce qu’il était intelligent et bienfaisant, et parce qu’il avait un nom étranger difficile à retenir, la vox populi le surnomma « le Génie ». Et c’est tout naturellement que ce nom devint celui de la rue où se trouvait son restaurant, à l’angle de l’avenue de Mayenne, qui était le petit nom qu’il donnait à une jeune fille chez qui il avait ses habitudes dans un hôtel près de la gare, mais ceci est une autre histoire…

Rude princesse

de Gaston Binvéria

princesse-02Je flânais, un jour d’hiver, dans le cœur de Montauban en laissant mes cervicales cliqueter à la lecture aléatoire de toponymes familiers mais chargés d’innombrables secrets. Quoi de plus banal que de déambuler de l’église Saint-Jacques à la Place Nationale ? On peut l’accomplir dans tant de villes… Et pourtant, lorsque je suis passé dans cette rue piétonne ma curiosité s’est emballée.
Un camion frigorifique, en livraison, bouchait l’artériole sans l’ombre d’un calcul. Son haiyon m’empêcha de lire entièrement la plaque de dénomination. J’étais dans la rue Pri…… ! Prisonnier ? Pris au piège ? Prioritaire ?
Le livreur distribua ses derniers quartiers de viande et, quand il démarra, le nom de la petite rue passante apparut enfin : rue Princesse ! Le moustachu sur le devant de porte me salua poliment malgré ses couteaux affûtés et son tablier aux taches rouges. Je lui demandai, à tout hasard, l’origine du nom de la rue. « L’Histoire est une longue alternance de boucheries populaires et de couches princières… » lança-t-il, énigmatique.
Cette rue était celle des mazeliers, les bouchers de l’époque, qui déployaient ici leurs bancs, leurs étals. L’animation était constante, les mouches abondaient comme mouettes au-dessus des chalutiers, le brouhaha était chant commun de notre bastide.
Au numéro 9 de la rue, un riche savonnier possédait des chèvres et un bouc, enfermés dans sa cour intérieure. Mais leurs ébats fréquents et sonores résonnaient dans tout le centre et précisément dans cette ruelle. Les mazeliers ne le supportèrent plus et promirent de mettre fin au boucan du bouc et de ses compagnes. Ils hurlèrent aux occupants de la bâtisse maudite : « Que le rut caprin cesse ! Que le rut caprin cesse ! Le sang coula, un abattoir fut ainsi improvisé. Les boucheries se succédèrent et ce sacrifice animal tomba dans les oubliettes de la mémoire collective. Le savonnier partit sur Marseille se rapprocher de l’eau comme de nombreux anisetiers.
Plus tardivement, un jeune roi s’exécuta pour assurer sa descendance. Il n’eut de cesse d’engendrer un successeur. Il n’eut de princesse que huit ans après sa première tentative. Et d’un rut caprin dérangeant, Montauban passa à une pénétration royale médiatisée. Les réjouissances sur la Place Royale durèrent pour célébrer le premier enfant de Louis XVI et Marie-Antoinette. La naissance de Marie-Thérèse Charlotte fut honorée par le nouveau nom de cette rue : Princesse…
Enfin, c’est ce qu’un boucher m’a livré !

Rue Les Onze Malles Vides

de Jean-Marc Rueda

malville02Dans le voisinage immédiat de l’actuel théâtre, au bout de ce qui n’était encore que la rue Cort de Tolosa, se dressait autrefois l’austère bâtisse dans laquelle le Comte de Toulouse faisait rendre la justice. Les hommes du guet y conduisaient les rares tire-laine et les vide-gousset dont ils se saisissaient à l’occasion.
C’est là que s’ouvrit, par un novembre glacial de l’an 1556, le procès dit de « l’escamoteur ». Le procureur ayant en effet trouvé certaine parenté entre l’affaire et une gravure tirée de la peinture du même nom attribuée à Jérôme Bosch qui ornait son cabinet.
Ledit escamoteur exerçait ses coupables talents à la faveur des foires qui se tenaient dans le pays. Sous le nez du chaland ébaubi, il commençait par faire disparaître dans une première malle, un marmot qui, en un clin d’œil, surgissait, rigolard, d’une malle voisine en compagnie de son jumeau. Ayant bientôt charmé les badauds qui se pressaient à ses tours de passe-passe, le bateleur les priait de lui confier quelque objet qu’ils aimeraient bien voir multiplié ainsi qu’il venait de le faire avec le drôle. Un spectateur hésitant – son complice à n’en pas douter – s’avançait alors, lui tendant une bourse qu’il déposait au fond de sa malle magique prestement refermée. Une rumeur inquiète parcourait l’assistance. Le bonimenteur, simulant tout à coup le trouble, l’embarras, ouvrait fébrilement la dizaine de malles qui se trouvaient devant lui sans y trouver la moindre bourse ; au grand soulagement de son propriétaire, elle reposait, en compagnie de sa pareille tout aussi rebondie, au fond de la onzième malle.
Il n’en fallait pas davantage pour aiguiser les appétits. Nombreux sont ceux qui, après la foire, à l’abri des regards, voulurent se risquer à cette diablerie. Combien de gobeurs, combien d’avaricieux furent ainsi plumés ? Le procès ne put l’établir avec exactitude ; ce sont là, il est vrai, des errements qu’on n’aime guère confesser. La gent montalbanaise – mais ce n’est point sa nature – disposait là d’une provision de persiflages pour nourrir ses conversations.
Confondu par une de ses victimes, appréhendé par les sergents dans une auberge sise – cela ne s’invente pas – rue du Jeu dupe-homme, l’escamoteur n’avait en sa possession que ses malles vides, au nombre de onze ; lesquelles furent incontinent saisies au titre de pièces à conviction. Entreposées à deux pas du tribunal, sur la terrasse qui s’étend au pied de l’hôtel sis à l’actuel n° 14 et qui domine le ruisseau de la Mandoune, elles y demeurèrent, oubliées, si longtemps après le verdict que, par manière de moquerie et à cause du retentissement que connut l’affaire, on rebaptisa la rue : Cort de Tolosa et les onze malles vides dont – la cour ayant changé de siège – il ne resta que : Les onze malles vides.
Il en fut ainsi jusqu’en 1879. Date à laquelle apparaît sans crier gare dans les registres de l’administration municipale, cette mention apocryphe : rue Léon de Maleville. Les experts, sur ce point, en sont réduits aux conjectures. On sait seulement que ces registres étaient mis à jour, sous la dictée du premier secrétaire, par un commis aux écritures. Les uns supposèrent donc que l’apprenti calligraphe pouvait être un fervent admirateur de son concitoyen, le glorieux tribun tout juste trépassé. D’autres prétendirent que le jeune homme avait dû probablement s’abandonner à sa fâcheuse inclination pour les à-peu-près, la mystification – pulsion fréquente à cet âge. Peut-être était-il simplement un peu dur d’oreille.

Le Faux et le vrai sur les hauteurs de Montauban

de Jean-Paul Damaggio

fau02A Montauban plus qu’ailleurs, la puissance et grandeur de la ville fait oublier le reste de la commune qui pourtant, avec sa superficie bien plus grande que celle de Paris, mériterait quelques égards.
Ayant été envoyé dans l’école d’un des coins étranges de ce vaste territoire, j’ai aussitôt demandé à l’instituteur, M. Mercadier, s’il n’avait pas dans sa pédagogie quelques soucis pour différencier le faux du vrai. J’ai cru, qu’il répondrait, avec son humour permanent, qu’il fallait bien apprendre à différencier le masculin du féminin, mais il préféra préciser avec sérieux : « tout tient dans la perte du X ». « Un bon moyen pour dénoncer les conséquences de l’étourderie d’un scribe, et donc de toute étourderie ? Un peu comme dans faux-bourg ? » ai-je répondu.
Il n’avait pas pensé au faubourg mais seulement à la perte du X. Pourquoi un X à « la faux » ?
Parce que les instituteurs aiment les enfants, ils aiment les explications rationnelles, et avouez qu’expliquer la perte du X par étourderie n’est pas glorieux : tout juste une faute inadmissible même si la lettre est muette.
Ce hameau s’appelle Le Fau sans X grâce à l’un des personnages magnifiques du lieu : Gautier-Sauzin. L’instituteur avait été au-delà de l’histoire contée par un de ses collègues sur ce paysan défenseur de l’idiome gascon en 1791 et avait ainsi appris autour de 1820, que, toujours passionné par les langues et les gens, il avait décidé d’inventer un système de lecture pour les aveugles. Or à quoi bon un X à la fin de FAUX pour un aveugle ? Pour une fois il considéra que ce qui était bon pour les uns était bon pour les autres et imposa l’écriture du Fau pour son hameau. N’étant pas extrémiste il laissa hameau comme il était.

« Baux Livres » lectures en tous genres

de Maurice Baux

baux01“Baux Livres” ? “Baux” sans “e” à “beaux”, ce libraire est-il analphabète ? Ou alors …

Au lendemain de la Seconde Guerre, une pénurie de papier d’imprimerie affecta durablement le monde de l’édition. On vit alors fleurir étals et échoppes de livres en location.

Ainsi à Montauban à cette même époque, Marcel Thourel poussait quotidiennement jusque sous les couverts de la place nationale, une charrette à bras chargée de livres d’occasion à louer pour quelques centimes. Il l’installait à l’angle de la rue d’Élie. Pour se distinguer des autres officines de location livresque, il avait rehaussé sa guimbarde d’un panneau indiquant en lettres rouge et or «Ici bail du livre ».

Plus tard un bouquiniste lui succéda en ouvrant boutique en ce lieu et place. Et plus récemment, à la dernière transmission de ce commerce, en hommage au fondateur leur successeur reprit à son compte la formule de l’enseigne de Marcel Thourel, tout en suggérant un choix de lectures plurielles puisqu’il transforma ce « bail du livre » en « baux de livres ».

Bref c’est ainsi que « Baux Livres » est inscrit, sans faute lourde, en lettres dorées sous les arcades de la place nationale de Montauban.
Lecteur sois rassuré ; ce libraire fidèle au respect de la lettre n’est pas analphabète.

E cric ! E crac ! Mon conte es acabat.

L’anecdote… et l’âne est docte !

de Gaston Binvéria

elie2-02Gaston vient de découvrir avec effarement que l’infatigable animateur de « l’édifice aux cris » affabule proprement. Ce passionné de la cité d’Ingres a drapé son ignorance des oripeaux de la vraisemblance patrimoniale. Eclairons-le sympathiquement en révélant les seules origines sérieuses de la rue d’Elie. Notre aiguilleur du sol fantaisiste raillera sans doute ces sources incontestables mais peu importe.
Gaston va rétablir une vérité longtemps étouffée : un incendie malveillant a tenté de détruire les archives de l’artisan blaguier. Fort heureusement le cœur des flammes n’a jamais atteint le livre de vérité.
Tout d’abord, qui est cet Elie dont la rue porte trace partielle ? La plaque originale indiquait le métier du fameux inconnu et les bouches des passants d’alors l’ont maintes fois prononcé. Elie appartenait à un ensemble vocal et il réussira une carrière phénoménale sur toutes les scènes de la planète. Il accompagnera les vedettes les plus étincelantes tout en apprivoisant les ombres de l’anonymat.
L’été dernier, j’entendis par hasard une guide-conférencière en train de convaincre un groupe de japonais que la rue d’Elie avait connu un passé lourdement alcoolisé. L’histoire alambiquée qu’elle leur narra évoquait des entrepôts aux contenus discrets et douteux. Il semblait, aux dires de cette personne, qu’il y ait eu des distilleries clandestines au cœur de Montauban. Elle poussa l’absurdité jusqu’à affirmer que la dénomination exacte de cette voie était : rue des liquoristes… La mémoire collective avait plus tard soufflé à la municipalité d’amputer ce peu glorieux souvenir ; la plaque se modifia pour effacer les anciennes activités obscures. Rue des lies suffirait !
Je ne pourrai jamais contredire à distance cette fantasque employée de l’Office du tourisme mais j’aimerais tant rattraper le bus nippon pour annuler ses sornettes. Elie était bien ce chanteur de complément qui connut des heures de succès. Il fut le premier artiste vocal montalbanais honoré par une voie ! Son prénom et son métier rayonnent encore du chant qui grandit Montauban (comme Etienne, parolier).
Alors, vous savez maintenant pourquoi la fantaisie de la guide restera une anecdote pour quelques touristes du soleil levant, persuadés d’avoir visité une rue de la prohibition montalbanaise. Mais le fait est têtu : l’âne est docte par l’anecdote !!!
La rue des liquoristes n’a jamais existé. Ce fut simplement la mention oubliée « rue d’Elie, choriste… »

Les Hauts et les Bas des rues Soubirous

de Maurice Baux

soubirous-02Le dernier relevé géodésique de l’IGN est formel, de part et d’autre de la cathédrale de Montauban, des travaux de voirie ont modifié notablement les niveaux de la rue des Soubirous Bas et de la rue des Soubirous Hauts qui encadrent cet édifice.
Ainsi le niveau de la rue des Soubirous Bas serait plus haut que celui de la rue des Soubirous Hauts et subséquemment celui de la rue des Soubirous Hauts plus bas que celui la rue des Soubirous Bas.
En conséquence la commission municipale d’attribution des noms de rues devrait statuer sur un nécessaire changement d’appellation. En effet cette institution animée du double soucis de rectifier une désignation aujourd’hui fallacieuse et de préserver le nom « Soubirous » faisant partie du patrimoine immatériel de la cité, envisage de permuter la rue des Soubirous Hauts en rue des Soubirous Bas et la rue des Soubirous Bas en rue des Soubirous Hauts.
Ainsi l’affaire pourrait se régler promptement et simplement, mais ce serait compter sans l’émoi de riverains de l’actuelle rue des Soubirous Hauts déçus de se voir rétrogradés en « Bas » et qui souhaitent conserver leurs « Hauts ». Aussi proposent-ils de sortir par le haut de ce dilemme en adoptant le nom de rue Bernadette Soubirous. Une option possible voire appropriée pour cette rue contournant la cathédrale. Mais de nos jours dans un pays laïque on ne baptise plus les noms de lieux de noms de saints. Le problème reste donc entier, aux édiles locaux de prendre rapidement la juste mesure.

E cric ! E crac ! Mon conte es acabat.

La belle de la rue Malcousinat

de Maurice Baux

malcousinatAvant d’être le bon roi Henri IV, le jeune Henri de Navarre déjà surnommé le Vert Galant fréquentait la Faculté Protestante de Montauban. Cette institution calviniste était un important centre de théologie de l’Eglise Réformée.
En cette période de troubles, lors de ses passages dans la cité Henri se protégeait sous un simple anonymat et résidait incognito dans un hôtel particulier, situé dans l’actuelle rue Cambon. Le jeune homme prenait ses repas dans la taverne la plus proche située dans une ruelle donnant sur les couverts de la place royale. La fille des taverniers, une beauté prude servait dans cet établissement réputé pour son excellente table. Le Vert Galant la remarqua dès sa première visite et n’eut de cesse de lui faire ses avances. Jusqu’au jour où enhardi il joignit le geste à la parole. La jeune fille outragée lui retourna immédiatement une paire de claques magistrales et sans équivoque. Le jeune coq quitta l’auberge tout penaud. Il n’y remit plus jamais les pieds, prétextant à qui voulait l’entendre « Aqui es mal cousinat ! ». Ici c’est mal cuisiné !
Ainsi la rue de l’auberge devint pour tous, la rue Malcousinat.
La belle jeune fille se maria avec un brave bourgeois du nom de Ravaillac. Mais ceci est une autre histoire.

E cric ! E crac ! Mon conte es acabat…

La fabuleuse histoire de la rue d’Elie

de Patrick Fonzes

elieCette rue dont je vais vous conter l’histoire, remonte à la création de notre cité en 1144.
A cette époque et à chaque angle de notre Place Nationale, il ne partait pas deux rues mais une seule. Ainsi, à l’angle qui nous concerne, seule la rue d’Elie qui ne portait alors pas ce nom, avait été créé. Sa voisine d’aujourd’hui la rue Gillaque ne fut percée qu’à la suite de l’incendie qui ravagea une bonne moitié de la Place Nationale en 1614.L’idée d’ouvrir deux rues à chaque angle avait été lancée par le chef des gardes-pompes (capitaine des pompiers) d’alors qui avançait que pour fuir efficacement un nouvel incendie deux fois plus de rues étaient nécessaires. L’architecte d’alors Pierre Levesville suivit à la lettre les conseils avisés de la Commission de sécurité publique.
Aussi loin que l’on puisse remonter, notre rue se nomme « Gulhetterie » (petite aiguillerie). Il y avait en effet dans le quartier nombre d’échoppes fabricant des aiguilles. Puis elle prit le nom de « la planche » et avant de prendre son nom actuel, et ce, dès le XVIIIème siècle, rue des lits.
RUE DES LITS
Pour bien comprendre cette appellation surprenante, il faut en premier se rappeler que depuis les temps les plus reculés l’Homme passe un bon tiers de sa vie à dormir ! Le lit peut alors être considéré comme le meuble le plus important de la maison.
Il se trouve que petit à petit tout au long de cette rue se sont installés sur une période qui va de 1788 aux environs de 1930, nombre d’artisans et commerçants dont l’activité principale tournait autour de la literie.
L’origine de cette activité concentrée dans cette rue reste inconnue mais l’on peut penser que la Manufacture Royale installée en 1788 dans la rue voisine de la Comédie y serait pour quelque chose. En effet les premiers matelas étaient de gros sacs de toile où l’on enfermait de la paille. Or à cette époque se fabriquait à Montauban un tissu exporté jusqu’au Canada le « cadis » qui était des plus solide mais aussi très souple et épais et convenait parfaitement à la fabrication de matelas. Quant à la paille, il suffisait de traverser le ruisseau Lagarrigue (la célèbre Mandoune) pour en récupérer auprès des paysans dont les terres particulièrement fertiles en produisaient d’une qualité inégalée depuis. Dans le grenier du n° 17 étaient d’ailleurs entreposées à l’abri de la pluie, de nombreuses bottes de pailles achetées à bas prix les années de grande récolte. Le matelassier avait donc dans un périmètre des plus réduit : le tissu fabriqué à la Manufacture, la paille bien sèche et plusieurs fabricants d’aiguilles qui jadis très nombreux avaient donné le premier nom de la rue !
Cette même rue prit un temps le nom de planche en raison là aussi du matériau utilisé pour fabriquer les premiers sommiers. Ainsi deux menuisiers installés depuis plusieurs générations au n° 11 et 12 fabriquaient à partir de planches de saule*, arbre très répandu dans les campagnes avoisinantes, de robustes sommiers vendus dans tout le Lot.**
*L’on retrouve ce même saule sur le blason de la ville
**Le Tarn et Garonne ne fut créé qu’en 1808.
Grace à un registre précis tenu sur plusieurs années autour de la Révolution, par deux sœurs Jeanne et Antoinette Bonnasse, soucieuses de laisser à la postérité une trace de cette intense activité litière, l’on sait précisément quels artisans et commerçants œuvraient rue des Lits.
En 1789, au numéro 8 était installée une couturière asiatique (allez donc savoir pourquoi ! )qui confectionnait oreillers, polochons, dessus- de- lit, édredons et couvertures en y apportant une touche artistique osée pour l’époque. Ses créations étaient tellement réputées qu’une fête annuelle les célébrait. De tout Montauban le jour de la Saint Marcel, l’on accourait dès l’aube muni d’un polochon et l’on se livrait à une véritable bataille rangée, femmes du côté impair de la rue et hommes du côté pair. Seuls les adolescents pouvaient concourir. Les plumes d’oie volaient de partout et, étaient éliminés au fur et à mesure, ceux qui avaient perdu toutes leurs plumes. Les gagnants était alors celui et celle qui terminaient les derniers avec en main un polochon encore rempli. Le soir les deux vainqueurs étaient unis dans une cérémonie fictive et, recouverts de miel, ils devaient se rouler dans les plumes jusqu’à ce plus une seule ne traine(ou presque). S’ils réussissaient cette dernière épreuve, ils gagnaient alors un an de théâtre gratuit dans la salle voisine aménagée dès 1762 par la ville sur l’emplacement dédié jusque-là au jeu de paume.
Une deuxième Fête avait été lancée dès le 14 juillet 1790 qui consistait en une course de lits à roulettes partant du bout de la rue côté Comédie, tournant 7 fois autour de la Place de la Révolution (nationale) et revenant au point de départ. Des lits spéciaux très étroits avaient été conçus par le compagnon forgeron installé au n°4. Ils permettaient une fois allongé ventre contre paillasse de se déplacer avec les pieds chaussés de sabots et les mains recouvertes de gants confectionnés en cadis afin de ne pas se blesser. Le gagnant était alors exempt d’impôts l’année suivante.
Cette activité toujours plus florissante attirait d’années en années de nouveaux clients venant parfois de très loin.
Du coup, la fille d’un imprimeur du coin ayant l’habitude de manier papiers et cartons eut l’idée de créer des maquettes miniatures de lits qui seraient fabriqués en bois ou en métal ; ceci afin de donner un aperçu (comme un catalogue en 3 D) aux futurs clients. Ainsi lorsqu’un acheteur commandait un lit à partir d’une maquette choisie dans son échoppe, elle empochait cinq pour cent du prix de vente que lui reversait soit le menuisier soit le forgeron. Certains clients souhaitaient conserver la maquette afin que leurs enfants s’en amusent. Le prix dérisoire mais symbolique de 25 centimes (pièce la plus petite de l’époque) était proposée par l’habile cartonnière.
Hélène Rabier descendante de l’imprimeur du roi de Navarre était une femme très belle et des plus élégante. De tout Montauban on l’appelait « la Belle Hélène » et les enfants de la bourgeoisie locale réclamait des visites régulières rue des Lits afin de se faire acheter les petites maquettes. Sa réputation perdura bien après sa mort et aurait inspiré en 1864 Offenbach pour son célèbre opéra-bouffe !
Un jour, suite à plainte pour « confort laissant à désirer », le matelassier eut l’idée d’embaucher un testeur de matelas afin de ne faire livrer que le meilleur de sa production. Il engagea alors un corse dénommé Luigi Chipaoli et n’eut alors, depuis ce jour, plus la moindre plainte.
Parfois certains clients aisés désireux de renouveler leur mobilier, alors qu’encore en parfait état, demandaient à se faire reprendre leur ancienne literie. Du coup un ancien boulanger pâtissier fatigué de se lever la nuit eut l’idée d’ouvrir une nouvelle boutique au n° 6 de la rue pour récupérer, restaurer et revendre d’anciens lits, sommiers et matelas. Ayant gagné assez d’argent en vendant mille-feuilles et bâtons de Jacob des plus succulents, il était fort généreux et faisait des rabais importants. Ses amis de toujours habitués à venir papoter dans son échoppe lui disaient régulièrement « Périé, t’es fou ! » Ils essayaient de lui faire comprendre que s’il continuait à brader sa marchandise, il n’irait pas loin mais Claude-Jean Périé-tel était son nom- n’en faisait qu’à sa tête.
Tout en haut de la rue au dernier numéro le 69, s’était installé un hôtel d’un genre particulier tenu par une dame « Bordelles » dont un descendant quelques décennies plus loin deviendra un célèbre sculpteur et transformera alors son nom. Ville de garnison oblige, le Lipanar comme l’avait baptisé la tenancière recevait nombre de visiteurs dès que la nuit tombait. L’affaire prospérait et participait amplement au développement de l’activité principale de la rue.
Une des dernières boutiques dont on trouve trace dans le registre des sœurs Bonnasses se situait à l’angle de la rue et donnait sur la Place. Sur le haut de la porte était inscrit en lettres d’or « Beaux lits » avec un décor peint par un artiste au nom prédestiné Monsieur Li ! L’on ne trouvait à l’intérieur que le meilleur de la production française arrivant par charrettes de tous les départements. Ce que personne ne savait alors, c’est que la nuit, dans sa cave voutée et ce, durant toutes les longues années de notre Révolution, notre commerçant abritait une imprimerie clandestine dont les ouvrages étaient ensuite vendus sous le manteau ! L’entrée de la cave fut murée après sa mort par ses descendants et ce n’est que dans les années 40 que le nouveau propriétaire cherchant à cacher une famille déboucha l’entrée. Une fois la guerre terminée, un de ses enfants n’eut qu’à remonter de la cave les nombreux ouvrages entassés là et ouvrit une librairie ancienne.
L’on trouvait enfin dans cette rue fort animée un cabaret qui ne désemplissait pas « l’Abreuvoir » tenu par Mr et Mme Tery Ali et Julie..
Un barbier, ancêtre de nos coiffeurs avait son échoppe au n° 5. Amoureux fou de sa femme, il avait baptisé sa boutique « Chez Lit dye »du prénom de cette dernière et avait rajouté un T pour ne pas dépareiller !
Il y avait aussi un petit commerce où l’on trouvait de tout à des prix très raisonnables. La patronne d’origine Belge l’avait dénommé « Magasin Général ». L’idée lui était venue de retour de voyage de noce à Montréal !
A l’autre bout de la rue face à une taverne où la bière coulait à flot et où l’on venait de très loin manger les petits plats cuisinés maison par la patronne, était la Maison du Crieur. Ce dernier était, de plus, chargé d’allumer et d’éteindre les réverbères matin et soir. Quand la nuit tombait, il allait et venait dans la rue en hurlant : « Au lit…Au lit… Braves gens… »
Puis un jour de 1920 un jeune toulousain malin, Monsieur Berté, fit venir de Chine des lits pas chers tout équipés jusqu’au traversin et s’installa à l’angle à l’ancienne maison du Crieur. Petit à petit les artisans et commerçants de la rue fermèrent boutique, ne pouvant rivaliser.
En à peine dix ans, le toulousain possédait toute la rue et avait transformé sa boutique première en hôtel- restaurant. Son activité continua à se développer et il dut déménager pour s’installer à Sapiac sur un terrain très vaste où il fit construire un immense entrepôt qui fit alors travailler nombre d’habitants du quartier.
Tout aurait pu continuer de prospérer s’il n’était advenue une terrible inondation qui emporta tout, le toulousain avec. L’on retrouva son corps quelques jours après dans la Garonne en aplomb du petit village de Boudou.
Alors, en souvenir de ce grand entrepreneur, le maire Charles Capéran fit débaptiser la rue de Lits et pour ne pas trop changer les habitudes des gens du quartier, l’on ne garda que le prénom du pauvre toulousain : Elie.
C’est ainsi que la rue des Lits devint rue d’Elie.
Le 1er avril 1930 l’on apposa les plaques qui sont toujours en place en 2016.

P.S. : Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite.