de Peter May et Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue, aux éditions Rouergue, 19.50€

Peter May, écrivain écossais, a rencontré un large public grâce à sa « série chinoise », six polars construits autour d’un couple d’enquêteur : Li Yan, jeune commissaire chinois et Margaret Campbell, médecin légiste américaine – bonjour le choc culturel + je t’aime, je te hais – avec en toile de fond les bouleversements de la société chinoise contemporaine.
L’Île des chasseurs d’oiseaux – son livre « le plus personnel » a indiqué Peter May lors de la rencontre du 11 février au Scribe – se déroule en Écosse, son pays natal. Plus précisément dans l’île de Lewis, la plus au nord de l’archipel des Hébrides extérieures, une île battue par les vents, sans arbres, recouverte de landes où l’on se chauffe à la tourbe, parle le gaélique et où se déroulent encore des traditions ancestrales d’une cruauté absolue.
L’inspecteur Fin Macleod vient de perdre son fils et sa femme lui a clairement indiqué que s’il partait enquêter, sur ordre de sa hiérarchie, sur un assassinat commis sur son île natale qu’il a quitté dix-huit ans plutôt, elle ne serait pas là à son retour. Fin qui est rentré dans la police parce que c’est ce qu’on faisait quand on quittait les îles et qu’on n’avait pas de qualification revient donc à Lewis où il retrouve ses camarades d’enfance parmi lesquels Artair qui a épousé Marsaili, son premier gros coup de cœur d’enfance qui lui servait de traductrice lorsqu’il est arrivé à l’école ne parlant que le gaélique.
Deux lignes de force parcourent le livre : l’enquête de Fin et le récit de ses années passées à Lewis. Elles se rejoindront à la fin du livre pour éclairer toute cette histoire tragique.
Parmi les faits marquants du passé de Fin il y a l’expédition qui chaque année, depuis des siècles, conduit une douzaine d’hommes sur un rocher inhabité pour y tuer deux mille « fous de Bassan » qui viennent s’y nicher pour nidifier. La chair de ces « gugas » est en effet fort appréciée des habitants de Lewis. Fin, à contrecœur, a participé dans sa jeunesse à une telle expédition initiatique au cours de laquelle le père d’Artair est mort en lui sauvant la vie…
Un roman noir, fort bien construit, d’une redoutable efficacité, où fausses pistes, dialogues à double sens, coups de théâtre, scènes glaçantes, se mêlent pour tenir constamment en haleine le lecteur.