blas_de_roblesde Jean-Marie Blas de Roblès, aux éditions Zulma, 22.50€

Dans ce roman monstre deux histoires principales s’entrecroisent. D’une part, un roman feuilleton à la mode du XIXe siècle, la poursuite autour du monde d’un diamant volé à bord de transports de plus en plus délirants. En contrepoint, la vie quotidienne des employés d’une usine de liseuses sise dans le Périgord où se perpétue la tradition de la lecture à voix haute dans les ateliers, pratique héritée des fabriques de cigares -ce que fut autrefois cette entreprise.

Les deux histoires, bien sûr, finissent par jouer l’une sur l’autre et par dérailler gentiment ensemble dans un crescendo à la fois absurde, grinçant et désespéré.

Ce livre furieux touche à tout : à l’histoire du cirque Barnum, aux remèdes contre l’impuissance, à la colombophilie, à notre pauvre monde occidental bientôt réduit à sa pâle imitation dans des parcs d’attractions chinois, aux pratiques mirobolantes des prostituées de Sidney… Il est en fait l’antithèse de ce qu’il dénonce : la mort du livre au profit de sa mécanisation, la mort de le lecture comme partage, et par dessus tout la mort de l’imagination, qui libère de la pesanteur du monde, qui réjouit et qui émeut, qui certainement permet d’aimer.

L’Île du Point Némo est la parfaite antidote à ce pessimisme : sa lecture en est tellement exaltante qu’il vous donne l’impression d’avoir vécu plus fort, pendant et longtemps après.

Merci à Jean-Marie Blas de Roblès de nous avoir donné le roman le moins convenu -parfois le plus inconvenant- et le plus imaginatif de cette rentrée littéraire.