Yves Grevet est né à paris en 1961. Il enseigne en école primaire parallèlement à son métier d’écrivain. Après quelques romans pour la jeunesse, sa trilogie Meto éditée en 2008 est auréolée de prix et traduite dans plusieurs langues. Son roman suivant Seuls dans la ville paru en 2011 est de nouveau un grand succès auprès des collégiens qui le récompense de plusieurs prix. Enfin en 2012, Yves Grevet se lance dans une nouvelle dystopie Nox.

Yves Grevet montre dans ses romans son attachement à l’enseignement, seul vecteur d’un apprentissage de la liberté, de l’autonomie et la solidarité, et à travers ses dystopies il démontre la nécessité de résistance à l’oppression. Ces thèmes fondateurs de son œuvre en font un invité naturel pour les prochaines lettres d’automne consacrées à Albert Camus.

Depuis quelques années les dystopies rencontrent un grand succès dans la littérature pour adolescents, et marquent un nouvel intérêt pour la science-fiction. La crise économique, les révolutions arabes et leurs échecs, les catastrophes comme Fukushima, les grands enjeux écologiques mais de façon plus prosaïques, l’interrogation de pouvoir exercer un métier qu’on apprécie et conforme à ses études, les difficultés à entrer dans la vie active au moins dans le monde du travail et du logement, l’avenir des dettes mondiales qui pèsent beaucoup plus sur les épaules des jeunes que sur celles de leurs parents… autant de questions politiques et sociales qui donnent aux dystopies l’aspect d’une menace.
Pour Yves Grevet, il semble que nos sociétés sont dans une crise qui concerne toute l’humanité. En effet, ce n’est pas une chose que l’on entend au journal de 20 heures, ni qu’on lit dans la plupart des journaux grand public. Mais la thèse est soutenue dans des publications plus savantes, par un grand nombre de sommités intellectuelles de tout premier ordre, anthropologues, climatologues, économistes, sociologues, philosophes, depuis les années 1990 ! Ce n’est pas du « pessimisme » de quelques esprits chagrins qui serait l’envers de « l’optimisme » de quelques autres rêveurs. C’est une question d’argumentation massive, fondée sur un faisceau de preuves convergentes qui ne laissent pas de place au doute. Jamais nous n’avons connu une époque comme celle-ci dans laquelle autant de processus de destruction sont engagés simultanément. Destruction écologique, destruction sociale, destruction économique… De plus Yves Grevet a dû voir ce mois-ci dans un grand quotidien national ces jeunes adultes défiler sous des drapeaux extrémistes ; il a dû aussi entendre leur slogan clamant en quelque sorte « maintenant, on teste l’ignorance ! ». D’ailleurs dans ses dystopies, la nécessité de résister à l’oppression politique est aussi forte que l’urgence à résister à la majorité qui approuve et protège le système par bêtise, par ignorance, par peur du changement. Yves Grevet semble souligner nos paradoxes : celui d’une population la plus libre de toute l’histoire de l’humanité mais aussi la plus soumise aux produits, aux marques et à la consommation, à un système qui prive l’humanité d’égalité et de redistribution des biens. Sommes-nous des esclaves heureux de notre liberté ?

Pour découvrir l’œuvre d’Yves Grevet, je vous propose trois ouvrages :

ecoleFinieL’école est finie aux éditions Syros.
Un petit roman où l’école publique n’existe plus. Les enfants de riches fréquentent des écoles privées, et les enfants de pauvres sont formés dans des établissements de grandes marques industrielles. Lila et Arthur fréquentent ces écoles, l’un de la marque Jardins et Maisons, l’autre de la marque Speed-fooding.
metointegraleMeto, une trilogie aux éditions Syros.
64 enfants vivent en autarcie complète dans une grande maison. Parmi eux, Meto qui veut comprendre ce qu’il y a en dehors de la maison, qui veut comprendre le monde où il vit, qui veut bénéficier de la liberté et de la paix : une passionnante dystopie aux atmosphères étranges.
nox1Nox, une trilogie aux éditions Syros, ma série préférée.
L’humanité vit coupée entre des villes hautes qui abritent les plus riches et des villes basses où s’entassent les pauvres dans une pollution effrayante. Trois adolescents livrent leurs points de vue sur ce monde où ils vont devoir s’engager au risque d’ébranler les conventions établies et de briser leurs amitiés. Un formidable roman d’aventure aux sentiments exacerbés.