de Hélène Bonafous-Murat, aux éditions Le Passage, 18€

Hélène Bonafous-Murat, expert en estampes au cœur du marché de l’art parisien, est venue présenter au Scribe, en décembre 2007, ses deux premiers romans : Morsures, une enquête dans le monde de l’art avec de subtils allers et retours dans le passé ; Échafaudage où des habitants d’un immeuble parisien du 9e arrondissement étaient hantés par une illustre chanteuse de cabaret assassinée un siècle plus tôt dans ce même immeuble.

Deux romans très originaux qui se lisent avec un vif et constant plaisir.

Avec L’ombre au tableau Hélène Bonafous-Murat nous promène, cette fois encore, allègrement entre le présent et le passé.

Le présent ce sont deux frères, Gérard et Gilbert Rataud. Gérard est obèse : son ventre énorme et flasque débordait, comme la pâte d’un gâteau cuit trop vite qui cherche à s’échapper du moule en un magma informe. Il survit dans un minable petit studio d’un grand ensemble immobilier dégradé. Ses rapports avec Gilbert, son frère aîné, sont devenus franchement hostiles depuis la mort de leur mère. Gilbert, lui, est prof d’histoire de l’art. Il ne résiste pas au charme de ses étudiantes ce qui pourrait lui coûter le poste de directeur de département qu’il ambitionne. Personne ne votera pour lui : franchement un directeur de département qui s’est envoyé toutes les étudiantes, vous trouvez que ça fait sérieux !

Melchior de la Vrillière, Melki pour les intimes, est galeriste mais aussi voleur de vieilles dames, pilleur d’épaves. Il a acheté à bas prix chez une de ses victimes un tableau qu’il présente à Gilbert : Bon, qu’est ce que tu en dis ? Le Nain ou pas ? Gilbert hésite ce qui rend Melchior furieux : T’es bien prof d’histoire de l’art, non ? Je veux un nom, une date, une trace quelconque dans les bouquins, les catalogues de vente, ce que tu voudras. En tout cas de quoi multiplier mon prix d’achat par dix. Au boulot, je veux un rapport complet dans les dix jours. Et Gilbert de se lancer dans son enquête : résumé des lieux, des dates, des influences, étude des supports, des repeints, des repentirs, des palettes, des pigments, des liants. Rien ne lui échappait. C’était sa force.

Gérard, de son côté, a permis à Valentin, un jeune gosse qui vit en face de chez lui et qui venait de dérober un portefeuille d’échapper à ses poursuivants. Il décide de l’emmener en Bretagne à la recherche de son père. Gilbert apprendra, stupéfait, en regardant la télévision qu’un avis de recherche est lancé pour retrouver son frère accusé d’avoir kidnappé Valentin, onze ans. Ne croyant pas que son frère soit un pédophile, il part à sa recherche toujours obsédé par les quatre frères Le Nain et la raison de la disparition d’Isaac, l’aîné de la famille.

Avec ce troisième roman fort bien mené, Hélène Bonnafous-Murat confirme son talent d’écrivain. Elle nous propose une histoire excitante qui se lit d’un trait (de pinceau), entre ombre et lumière, présent et passé – ce qui est sa marque et qu’elle maîtrise remarquablement – autour d’un drame contemporain et des mystérieux et fascinants frères Le Nain.

300 pages.