de Jacques Rigaut, aux éditions du Chemin de fer, 14€

Jacques Rigaut fut une des étoiles filantes qui ont traversé le ciel du mouvement Dada. Ceux qui s’en sortirent firent les beaux jours du Surréalisme. Les autres, comme lui, finirent d’une balle dans le cœur.
Il était l’archétype du poète maudit : pauvre, dandy, alcoolique -et puis les drogues, et puis l’héroïne.
Pour parachever le portrait, il laissa peu d’écrits. Mais voyez le bruit qu’il fait :
« Il n’y a pas de raisons de vivre, mais il n’y a pas de raisons de mourir non plus. La seule façon qui nous soit laissée de témoigner notre dédain de la vie, c’est de l’accepter. La vie ne vaut pas qu’on se donne la peine de la quitter… » Mais pourtant « essayez, si vous le pouvez, d’arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière ».
En 1923, Jacques Rigaut part aux États-Unis à la poursuite d’une riche héritière. Le 20 juillet 1924 à Long Island, alors qu’il joue aux cartes avec des amis, il se jette contre une glace. Pour les autres, ce n’est qu’un acte d’ébriété. Lui est persuadé d’être passé réellement de l’autre côté du miroir et de s’être dédoublé en la personne de Lord Patchoque, son alter égo dont il entreprend désormais de rassembler les écrits. C’est ce livre inachevé, ce livre in-fini, qu’éditent les remarquables éditions du Chemin de fer, accompagné d’illustrations de Frédéric Malette. Voici un traité de désabusement qui peut vous abattre ou vous fortifier, c’est selon. A manier en tout cas avec précaution.
Écoutons-le encore :
« Son désir, c’est probablement tout ce qu’un homme possède, au moins tout ce qui lui sert à oublier qu’il ne possède rien. Il suffirait d’avoir envie. Mais Lord Patchogue n’a pas envie d’avoir envie. »
Et le mot de la fin, dont on a oublié qu’il en est le père :
« ET MAINTENANT, REFLECHISSEZ, LES MIROIRS. »

Paru en mars 2011. 12×18 Cm. 74 pages.