de André Vers, aux éditions Finitude, 17€

Été 1942. André Larue, 18 ans, est un petit ouvrier du quartier des Halles. Il sort avec Jeannette qui travaille sur un petit tour à fileter. Drôlement gironde, c’te frangine là. Mate un peu, elle a une petite paire de miches comme un pinson de six mois. Il l’emmène au cinéma sur les grands boulevards. Ensuite il passe et repasse devant des petits hôtels à peu près propre, discrets et bon marché. Enfin quand il entraîne sans rien dire Jeannette au « Modern », celle-ci eut un mot qu’il n’oubliera jamais : « Tu te décides enfin. C’était un rien long. Ça fait une heure de perdue ! »
Souvenirs : première paye, premier vélo, le quartier avec son réverbère, vieux bec de gaz survivant d’une époque heureuse, trait d’union entre deux générations, havre de grâce, étoile du pochard.
Il y a aussi et heureusement les copains : celui qui débarque le dimanche matin avec un bon coup dans l’nez ou ceux qui lui fêtent ses vingt ans alors qu’il s’est glissé dans son sac de couchage : Amuse-gueules. Chansons. Le baromètre a changé de couleurs.
En novembre 1943 il est affecté dans une usine de la Nièvre où il est employé à la finition des voilures de Sibel. Un pays où il pleut souvent, trop souvent et c’est donc sous la pluie qu’il fait chaque jour à pied la route qui sépare l’usine du foyer où il est logé. Il rencontre Mireille. Bah ! Petit béguin qui passera comme un autre. Eh bien non, très vite il éprouve un sentiment fort pour elle et lorsqu’il la quitte pour aller passer Noël à Paris, chez sa mère : Je penserai à toi, surtout le soir de Noël, si fort que tu le sentiras. Mireille qui lui résiste, qui ne sera jamais qu’à l’homme qu’elle épousera, jusqu’au jour où le vin blanc a allumé un feu dans le corps de la petite fille trop sage.
6 juin 1944… Ce jour-là, la surprise a été telle que personne ne voulut croire la nouvelle (…) C’est décidé. Nous partirons dès que nous aurons la paye, le 9, tous les portefeuilles étant agonisants. Mireille : André… j’ai peur… Loin de moi tu oublieras… Nous ne nous reverrons jamais.
Se reverront-ils ?
Un roman gouleyant paru en 1953, qui s’est patiné avec les années, comme une vieille photo, de Doisneau par exemple. Dans la lignée de Georges Brassens, d’André Hardellet, de Jacques Prévert, de René Fallet… qui étaient tous des amis d’André Vers.
Vous hésitez encore ?

n.b. Né en 1924 dans le quartier des Halles, André Vers (1924 – 2002) devient apprenti ajusteur à quatorze ans et travaille dans une usine d’aviation ; cette époque servira de toile de fond à Misère du matin. Après avoir suivi des cours du soir il deviendra dessinateur industriel, métier qu’il exercera durant vingt ans. Après un licenciement en 1968 il sera représentant en librairie jusque dans les années quatre-vingt.

284 pages.