de Lloyd Jones et Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par valérie Bourgeois, aux éditions Michel Lafon, 18,80€

C’est l’enthousiasme d’une lectrice et le bandeau de ce roman qui m’ont incité à le lire : Je ne connais aucun livre qui montre de façon aussi jubilatoire et inattendue la puissance que peut exercer la littérature sur notre vie. Diable ! Et comme ce propos est signé Nancy Huston, comment résister ?
Très vite nous voilà embarqués dans un roman dont on ne veut plus sortir tant on s’y sent bien.
Une petite île, presque oubliée de tous, où les évènements les plus atroces se produisent sans que le monde extérieur s’en formalise. L’île est en guerre. Pas de journal ni de radio pour informer. Juste des rumeurs et des ragots. Les habitants ont du poisson, des poules, des fruits. Tout ce qu’ils ont toujours eu, en fait. Sans compter leur fierté, comme disent les rebelles.
Les enfants ont cessé d’aller à l’école après le départ des enseignants qui ont pris le dernier bateau. Désormais pour quitter l’île il nous faudrait marcher sur l’eau.
Seul Bel Œil n’est pas parti avec les autres blancs. Bel Œil qui porte tous les jours le même costume, qui ne sourit jamais et qui quelque fois s’affuble d’un nez de clown. Bel Œil qui tire un chariot sur lequel se tient Mme Bel Œil, droite comme la reine des glaces. Lui s’appelle Christian Watts et il est aussi blanc que le blanc des yeux, mais d’un blanc maladif. Elle s’appelle Grace et est noire, comme les habitants de cette île, comme la narratrice, Matilda, une fillette maigrichonne âgée de treize ans.
Et voilà qu’un beau matin la classe réouvre. C’est Bel Œil qui va faire la classe.
Je ne suis pas enseignant mais je ferai de mon mieux (…) Pour être franc, je ne suis pas très savant. Loin de là. La plus grande vérité que je puisse vous transmettre tient en quelques mots : les sentiments qui nous unissent sont notre seule richesse. Oh, sans oublier M. Dickens, bien sûr.
M. Watts lira à sa classe l’histoire de Pip, le héros des Grandes espérances de Charles Dickens.
Je ne vous en dis pas plus. Faîtes confiance à Nancy Huston et à moi-même : vous allez lire un extra-ordinaire roman, surprenant, poétique, bouleversant. Vous allez rire, vous allez avoir les larmes aux yeux. Vous allez ressentir un grand bonheur de lecture.

260 pages.