connorOeuvresde Flannery O’Connor, traduit de l’américain par Maurice Edgar Coindreau , aux éditions Gallimard collection Quarto, 30,40€

Douze ans séparent le premier roman de Flannery O’Connor de sa mort précoce en 1964, à 39 ans, c’est dire combien sa carrière d’écrivain est brève ; douze années à subir les douleurs invalidantes du lupus qui l’emporte et qui lui laisse peu de répit pour écrire, à peine deux heures par jour ; douze années pour construire une œuvre singulière dans la littérature américaine du XXe siècle dont l’intégralité est regroupée dans ce volume.

L’univers de Flannery O’Connor est une caricature au vitriol de notre humanité sans dignité où se croisent des paysans bornés, des jeunes filles crédules, des parents idiots, des prédicateurs sans scrupules, des escrocs de haut vol, blancs et noirs confondus dans la même disgrâce. Certains lecteurs peuvent être rebutés par la cruauté de ses récits tandis que d’autres sont absorbés par le grotesque et l’humour.

Le recueil est composé de deux romans :

  • La sagesse dans le sang relate les aventures rocambolesques d’Hazel Motes, un prédicateur ambulant qui parcourt la campagne sudiste pour convertir la populace à sa secte ;
  • Et ce sont les violents qui l’emportent décrit la vie du jeune Tarwater qui cherche à se prouver qu’il n’est pas un prophète.

Trois recueils de nouvelles complètent l’ouvrage, Les braves gens ne courent pas les rues (chroniqué ici),  Mon mal vient de plus loin, Pourquoi ces nations en tumulte ? ; autant d’univers absurdes et violents d’un monde grotesque qui part à la dérive, autant d’électrochocs secoués d’humour noir.

Cette distorsion du réel, Flannery O’Connor s’en explique dans des essais et conférences, rassemblés sous le titre Mystère et manières, une façon d’appréhender le mal et la grâce – thèmes qui imprègnent son œuvre – d’un point de vue philosophique et théologique.

Enfin, l’auteure entretient une vaste correspondance, ultérieurement publiée sous le titre L’Habitude d’être, qui donne à lire toute l’intelligence, la vivacité et l’humour éminemment abrasif de Flannery O’Connor.

Le destin de Flannery est d’être une incomprise : incomprise de son public qui reste à la périphérie de ses textes, incomprise des critiques littéraires qui se méprennent sur ses intentions, incomprise de sa propre mère qui l’exhorte à écrire enfin un vrai roman sudiste populaire, une suite d’Autant en emporte le vent… et incomprise de l’histoire qui semble ignorer son influence sur la littérature. Cet ouvrage admirable est l’occasion de réparer l’injustice.

Nonoko