orgasmeMoscoude Edgar Hilsenrath. Traduit par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb, aux éditions Attila, 23€

C’est le titre qui m’a accroché. Orgasme à Moscou ! Puis la couverture très colorée composée d’une quinzaine de petits quadrilatères renfermant des dessins : une faucille et un marteau, un camion militaire, un général soviétique, des personnages curieux, un poivron.
Ouvrant le livre on constate qu’il est imprimé à l’encre bleu et qu’il contient de nombreux dessins dans le style de ceux de la couverture.
Tout ceci est bien alléchant et incite à y aller voir de plus près.
La quatrième de couverture rappelle que Hilsenrath est l’auteur de Fuck America et de Le Nazi et le barbier. Si vous avez lu un de ces deux livres vous allez vous précipiter sur Orgasme à Moscou.  Hilsenrath est né en 1926 en Allemagne. Il a connu les ghettos durant la guerre avant de partir en Israël puis à New York. C’est pour répondre à une demande du cinéaste Otto Preminger qu’Hilsenrath, en 6 jours, a écrit cet Orgasme à Moscou, une parodie totalement déjantée d’OSS 117. Publié pour la première fois en1979 sous le titre Attention camarade Mandelbaum, il est réédité en 2013 par les éditions Attila, qui ont donc particulièrement soigné la présente édition.

Nous sommes en pleine guerre froide en 1970. Nino Pepperoni, le patron de la maffia américaine d’origine sicilienne, prend sa retraite le jour de ses 65 ans. La justice américaine n’a jamais rien pu prouver contre lui et pourtant les cadavres de ses ennemis remontent régulièrement à la surface de l’East river ou gisent dans le limon une pierre autour du cou. Il est en paix avec lui-même et avec le monde. Son seul sujet d’inquiétude est sa fille, Anna Maria, qui, à trente ans bien sonnés n’est toujours pas mariée. Anna Maria, qui se prétend journaliste, part à Moscou interviewer le camarade Brejnev, chef du Parti et le camarade Kossyguine, président du Conseil des Ministres. Elle s’éternise à Moscou, rentre au bout de cinq mois. Enceinte !
Elle avouera à son père que ce n’est ni Brejnev ni Kossyguine qui l’ont mise enceinte mais un certain Sergueï Mandelbaum, Juif russe et fils de rabbin. Et elle ajoute que si n’importe quel imbécile peut engrosser une femme lui, il a fait quelque chose de spécial : il lui a procuré son premier orgasme et qu’elle est très accro à cet homme.
En authentique Sicilien Nino Pepperoni ne voit que deux alternatives : buter le séducteur de sa fille ou lui faire épouser sa fille. Il choisit la seconde solution. Mais pour l’épouser il faut sortir Sergueï d’URSS. Or Sergueï est un scientifique qui a travaillé un temps dans l’industrie de l’armement. Les autorités ne le laisseront donc jamais sortir d’URSS. Pepperoni, ou plutôt son homme de confiance l’avocat Slivovitz, contacte alors un certain Sepp Karl Lopp, citoyen autrichien, passeur le plus célèbre de la planète. Il lui est promis 200 000 dollars s’il exfiltre Sergueï Mandelbaum du territoire soviétique. Mais surgit un nouveau problème : il s’avère que S.K. Lopp est un dépeceur sexuel ; on a trouvé dans son frigo des sexes d’homme congelés. Pas question pour Pepperoni de confier son futur gendre à un dépeceur sexuel. Après consultation de sommités qui toutes proposent un long traitement, inacceptable puisqu’il faut marier rapidement Mandelbaum avec Anna Maria qui en est à son cinquième mois de grossesse, il est décidé de recourir au seul traitement rapide possible : castrer S. K. Lopp !

Je ne vous ai raconté que le prologue de 17 pages de ce livre qui en comporte 316, suffisamment, j’espère, pour que vous ayez envie de lire ce livre ou, tout au contraire que vous le rayez de la liste de vos prochaines lectures, ce que je comprendrais tout à fait car, vous l’aurez compris, Orgasme à Moscou est un livre totalement burlesque, déjanté, foutraque. Il met en scène pour notre plus grand plaisir des mafieux mais aussi Nixon, Moshe Dayan, sans oublier le président du Conseil italien, obsédé sexuel (déjà !)

Un livre de pur divertissement totalement loufoque qui fait du bien…