de Jérôme Ferrari, aux éditions Actes Sud, 17€

Né après ce que l’on a longtemps appelé « les évènements d’Algérie », Jérôme Ferrari leur consacre un roman bouleversant.
Dans sa partie la plus passionnée, ce texte rapporte l’adresse que le lieutenant Andreani destine au capitaine Degorce pour lui dire son admiration déçue, et la haine qui s’y est insinuée. En effet, Andreani n’a survécu au camp où ils étaient prisonniers en Indochine que grâce à l’exemple et au soutien de son supérieur. Mais quand ils se retrouvent en 1957 à Alger, tous deux chargés d’obtenir par tous les moyens des renseignements sur les « insurgés », leur attitude diverge. Andreani accomplit sa tâche sans scrupules, parfait exécutant et exécuteur, retranché derrière ses valeurs : l’obéissance, l’efficacité, le souvenir de ses camarades tombés au combat, et, pourquoi pas, le sort des « supplétifs », ces harkis qu’on ne peut pas abandonner à une mort promise. Le capitaine Degorce, lui, est déchiré de doutes, bousculé dans sa foi, honteux de l’image qu’il pourrait donner à sa femme, à ses filles. Au point qu’il tisse avec Tahar, un commandant ennemi qu’il vient d’arrêter, des liens où se mêlent respect, fraternité, sympathie presque.
Emportée, colérique, indignée quand elle prête sa plume au lieutenant Andreani, l’écriture de Jérôme Ferrari se fait introspective, douloureuse, quand elle suit –à la troisième personne- les questionnements du capitaine Degorce. La grande force de ce livre tient certainement à la volonté de l’auteur de ne prendre parti pour aucun des deux protagonistes. Il ne s’agit pas pour lui, semble-t-il, de départager la vérité de l’erreur, mais bien de rentrer dans le cœur, et les tripes, de deux hommes noyés dans ce grand mensonge qu’a été la guerre d’Algérie.

Paru en août 2010. Roman. 11×21 Cm. Broché. 140 pages.