Les libraires s’opposent à la généralisation de l’ouverture dominicale des commerces culturels votée par le Sénat.

Dans le cadre de l’examen de la loi « Croissance, activité et égalité des chances économiques », dite « loi Macron », le Sénat a adopté un amendement visant à généraliser l’ouverture dominicale des commerces culturels sur l’ensemble du territoire.

Sur les 3000 librairies françaises, seule une minorité ouvre actuellement le dimanche, là où l’activité ce jour-là le justifie, à savoir à proximité de marchés ou dans des zones touristiques. Les libraires ne sont pas demandeurs d’une dérogation généralisée au repos dominical, une telle dérogation ne se justifiant pas sur le plan économique. En effet, l’ouverture dominicale, en dehors des exceptions liées à la présence d’un marché ou d’une zone touristique, n’est pas rentable pour les librairies, commerces à forte intensité de main d’œuvre (deux fois plus d’emplois en librairie que dans les chaînes culturelles, trois fois plus que dans la grande distribution). L’ouverture dominicale entraîne une répartition différente des achats de livres sur la semaine davantage qu’une croissance nette du chiffre d’affaires, le temps de lecture n’étant pas extensible.

La dérogation introduite par le Sénat est par ailleurs ambiguë dès lors que n’existe aucune définition des « commerces de détail de biens culturels ». La grande distribution qui vend des biens culturels relève-t-elle de cette dérogation ? Les chaînes spécialisées sont-elles également concernées alors qu’elles ne réalisent plus qu’une part minoritaire de leur chiffre d’affaires avec les produits culturels (produits éditoriaux : livres, disques, DVD)(1) ? Si tel était le cas, les librairies se retrouveraient désavantagées par rapport à des chaînes qui pourraient ouvrir le dimanche avec un personnel réduit et des charges inférieures.

Par ailleurs, la dérogation générale au repos dominical n’est pas une réponse à la concurrence du commerce électronique, sauf à considérer qu’il faudrait également ouvrir la nuit ! Depuis plusieurs mois, les librairies indépendantes progressent alors que la vente en ligne marque le pas, voire régresse(2). Cette évolution prouve que c’est principalement en se distinguant d’Internet et en offrant un service de qualité au niveau de l’accueil, du conseil, de la diversité de l’offre et des animations que l’on peut développer sa clientèle et son chiffre d’affaires.

1/ La FNAC, selon les données qu’elle a publiées sur son activité 2014, réalise seulement un tiers environ de son chiffre d’affaires avec les biens culturels (38 % si l’on intègre la papeterie) : http://www.groupe-fnac.com/index.php/activites/

2/ Livres Hebdo du 1ermai 2015 : « Marché : peut-on croire à la reprise ? » et « La vente en ligne marque le pas »