de Hubert Haddad, aux éditions Zulma, 16.50€

Autant l’écrire tout de suite: voici un superbe roman.
Cham, soldat israélien, s’apprête à partir en permission. La veille il s’est fait voler son portefeuille alors qu’il se promenait autour du Tombeau des Patriarches. Il fait une ronde avec l’adjudant Tzvi de l’autre côté de la clôture de protection. Il pense à sa mère cloîtrée dans sa nostalgie, à Sabrina qu’il aurait pu aimer, à son frère malade de solitude depuis son divorce. Tout à coup le grand corps de Tzvi s’affaisse avec un craquement d’arbre. Une balle touche l’épaule gauche de Cham, une autre glisse sur sa tempe. Il est enlevé par un commando palestinien, perd ses repères et sa mémoire.
Il se retrouve dans une chambre basse aux murs chaulés. Tout lui semble irréel, impossible. Qui est-on sans mémoire ? Il a été recueilli par une famille palestinienne qui le prend pour un membre d’un commando palestinien dont il serait le seul rescapé. La mère aveugle, Asmahane, veuve d’un responsable politique abattu dans une embuscade vit seule avec sa fille Falastin, frêle étudiante dotée d’une volonté et d’un courage exigeants, depuis que son fils Nessim a disparu. Elles décideront de faire passer Cham pour Nessim qui va donc connaître les conditions de vie des palestiniens dans la Cisjordanie occupée.
Ce changement d’identité, cette substitution permet à l’auteur de montrer la ressemblance entre les ennemis et de dénoncer l’absurdité de la guerre. Ce roman très engagé, en faveur de…la paix, est aussi un très beau roman d’amour entre Falastin et Nessim, pardon entre Falastin et Cham. Juliette et Roméo en Palestine !
La vie quotidienne en Cisjordanie, ce bout de terre à la beauté poignante, est remarquablement décrite : les humiliations, les brimades gratuites, les destructions, la haine omniprésente, le désespoir.
De plus l’écriture est superbe : Dans la lumière verticale, les champs d’oliviers ont un tremblement argenté évoquant une source répandue à l’infini. L’ombre manque à midi, sauf sous les arbres séculaires aux petites feuilles d’émeraude et d’argent, innombrables clochettes de lumière au vent soudain et qui tamisent le soleil mieux qu’une ombrelle de lin.
Un roman captivant d’une grande beauté et d’une exceptionnelle intensité dramatique.
n.b. Né à Tunis en 1947 d’un père tunisien et d’une mère d’origine algérienne Hubert Abraham Haddad n’a rien oublié de ses origines judéo berbères. Il a publié, entre autres, chez le même éditeur Un rêve de glace, L’Univers, et Le Ventriloque amoureux.