de Brigitte Giraud, aux éditions Stock, 19€

Le sujet choisi par Brigitte Giraud risquait d’achopper sur les écueils de la littérature « vécue » : l’émotionnel, le sentimentalisme. Il s’agit en effet de décrire l’impact que peut avoir sur une famille l’annonce de la maladie grave -très grave- d’un enfant. Le père, qui assure le récit de ce quotidien pulvérisé, travaille « aux machines » dans une imprimerie. Sa femme vient juste d’être promue secrétaire. La maison qu’ils ont faite bâtir est à peine achevée. Des gens ordinaires, dont le roman français s’occupe peu. Ce bonheur naissant, comme ne pas penser que la maladie le fait payer, qu’on était plus heureux avant, quand on ne savait pas qu’on l’était ? La culpabilité confuse est le fil rouge de ce livre : celle d’avoir eu la prétention de vouloir sortir du rang -on le voit bien, c’est un texte politique-, celle du temps que le père prend (à sa femme, aux gars de l’atelier) pour s’occuper de son fils, temps forcément perdu. Et quand, dans un formidable élan de solidarité, ses collègues sacrifient leurs RTT pour qu’il puisse rester chez lui quelques semaines de plus, comment ne pourrait-il pas leur en vouloir de ce cadeau tellement obligeant.
A l’image de son titre, faussement rassurant comme le sont les paroles des médecins, l’écriture de Brigitte Giraud, fluide et limpide comme un ruisseau de montagne, nous fait passer de l’intime au social « tout simplement », comme elle le dit, par la force de la sympathie qu’elle porte à ses personnages -et par un superbe travail d’écrivain qui lui fait « tout simplement » signer l’un des meilleurs romans de cette rentrée.

Paru en août 2011. Roman. 14×22 Cm. 266 pages.