de Claro, aux éditions Inculte, 16€

Dans son ipséité, l’ouvrage est rectangulaire et broché, ce qui constitue une sacrée surprise. Disons tout court, un malaise. Mais nous parlons de Claro, il ne fallait pas s’attendre à enfiler une paire de charentaises et deviser gaiement au coin du feu : il est bien plus sûr de renverser l’âtre, d’ôter ses chaussons et de marcher sur les braises. Disons donc que l’oeuvre a pris la forme d’un recueil de textes de longueur variable, sans continuité externe apparente – car il constitue plutôt une sorte d’entrelacs autoroutier fantôme, où l’on peut prendre la sortie que l’on souhaite sans jamais vraiment être sûr que ce soit la bonne, et sans jamais savoir si le pompiste ne va pas nous énucléer au moment d’insérer la carte bleue dans la fente appropriée (cette fente étant celle de la machine, ou pas, étant donné que vos repères habituels ont été mis à mal par le périple). Le paysage qui va vous environner sera familier, et inquiétant comme la famille : les êtres et les objets connus ont subi une sorte de déplacement métapsychanalytique, et les mots qui les désignent ont été rongés eux aussi ; mais après tout, travel is dangerous, comme le chantait Mogwaï naguère. Sur la route, on se dira qu’il y a là quelque chose qui secoue les puces électroniques du cut-up burroughsien (pour la forme), et qui n’est pas sans lien avec cette “virale tautologique” que constitue la pensée dans l’oeuvre de Jacques Brou (pour le fond). Alors oui, plonger les mains dans l’acide. Avec un seul regret : la bassine nécessaire à l’opération éponyme n’est pas fournie par l’éditeur.

Aurélien Vines

Paru en avril 2011. 14×19 Cm. 217 pages.