LES INSECTES EN MOI

de Akino Kandoh

Les Insectes en moi présente une série de 8 nouvelles graphiques liées par l’entremêlement des rêves et traversées par l’absurde. L’auteur, Akino Kondoh aime les insectes au point de les chercher, les reconnaître, les dessiner, les peindre et… les déguster dans la vie réelle. Ils s’invitent dans son monde imaginaire et ses rêveries tout naturellement ; objets de culpabilité ou clés magiques vers l’au-delà.
Dans une nouvelle, la jeune fille fait de chaque acte quotidien inattendu, le premier d’un enchaînement de hasards objectifs où ce qui arrive deux fois de suite doit arriver une troisième fois. Dans une autre histoire, chaque rognure d’ongle coupé devient un réactivateur de souvenirs. Dans une autre, une jupe pleine de bouton se retourne en un champ plein de coccinelles. Ailleurs, bouddhisme et chanson populaire se mêlent pour un nouveau conte étrange.
On sait que les ouvrages édités par «le lézard noir » sont destinés à un public averti et un brin esthète. C’est bien dans cet état d’esprit qu’on aborde sans ambages la lecture de ce recueil.
Sur la première impression graphique, le dessin paraît à la fois chargé et étrangement surréaliste, ce qui déroutera l’amateur de classicisme. Les physionomies sont inconstantes comparés aux éléments de décors strictement détourés.
La savante composition de noir et blanc n’a rien du strict ordonnancement graphique et pourtant il se fait rapidement très envoûtant. Les histoires aussi ont de quoi surprendre entre onirisme, poésie cruelle et élucubrations fantasmatiques. On suit avec étonnement le cheminement d’une pensée singulière comme nous voyageons parfois dans notre propre tête dans des moments d’une absolue banalité pour en arriver à des réflexions sur ce que nous faisons ou ce qu’il pourrait nous arriver dans un glissement interdimensionnel totalement imprévisible.
Akino Kondoh cultive cet esprit rêveur et nous le retranscrit dans un style simple et dense.
Ce manga d’une qualité éditoriale irréprochable, s’enrichit des peintures en couleurs de l’auteur tendrement poétique et ambigu qui, à elles seules justifient l’achat de ce livre.

Aux editions Le Lezard Noir, 17 €