de Sofi Oksanen et Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli., aux éditions Stock, collection La Cosmopolite, 21.50€

L’Estonie, pays dans lequel se passe le roman, a connu depuis son indépendance en 1920, l’occupation soviétique en 1940/41 puis l’occupation allemande de juillet 1941 à 1944 suivie, à nouveau, de l’occupation soviétique de 1944 jusqu’en 1991 lorsque l’indépendance de l’Estonie a été reconnue par l’URSS.

C’est sur cette toile de fond que se déroule de 1936 à 1992 le roman de Sofi Oksanen qui connaît un large succès tant auprès de la critique que des lecteurs.

Le roman s’ouvre en 1992 lorsque Aliide Truu, une femme âgée qui vit seule, terrée dans sa maison, accueille une jeune femme Zara qui semble en grande détresse et prétend fuir son mari, Pacha, un Russe d’Estonie.

Zara a du mal à parler car au cours de l’année précédente elle avait oublié tout ce qui ressemblait de près ou de loin à des relations sociales normales, comment faire connaissance avec les gens, comment faire la conversation, elle ne trouvait pas une transition idiote pour venir à bout du silence. Et pourtant elle aimerait savoir ce que signifiait les pluies de cailloux crépitant sur les fenêtres qui ne semblait pas affecter la sérénité de Aliide qui, elle, pense à la voix de Hans son beau-frère, au corps fringant, qu’elle a tant aimé, en secret.

Zara est venue avec une photo que lui a remise sa grand-mère avant qu’elle parte en Allemagne l’année précédente. En plus de cette photo la grand-mère lui avait donné l’adresse de sa maison natale en Estonie, celle où se trouve Aliide.

Aliide, quant à elle, ne peut oublier ce qu’elle a enduré dans la cave de la mairie – une scène d’une rare violence, décrite d’une manière époustouflante – avant d’épouser, sans amour mais pour être protégée, pour, enfin, ne plus avoir peur, Martin, un membre du parti, de constitution robuste, qui avait toujours des restes d’oignon entre les dents, des pores pleines de graisse, dont l’odeur variait selon ce qu’il avait mangé. Ils eurent une fille, Talvi, qui, encore gamine clamait qu’elle voulait être l’enfant du grand Lénine, au grand bonheur de son père et à la consternation, silencieuse, de sa mère.

Peu à peu nous découvrirons les grands événements des vies passées de Zara et d’Aliide et ce qui les lie.

Un grand roman, âpre, intense, qui traite de la soumission, de la peur, de la délation, de la honte et des humiliations faites aux femmes, du basculement vers la terreur, qui se lit avec avidité, qui raconte avec une remarquable maîtrise, sans jamais s’abandonner à la facilité, l’histoire d’une passion et celle de deux destins bousculés et tabassés par l’Histoire.

n.b. Sofi Oksanen est née en Finlande en 1977, d’une mère estonienne et d’un père finlandais. Purge est son troisième roman. Avant d’obtenir le Prix Femina étranger 2010 il a connu un grand succès dans le nord de l’Europe ainsi que dans une trentaine de pays dont les États-Unis et… l’Estonie.
La critique a été très louangeuse. Nancy Huston a qualifié Purge de vrai chef-d’œuvre.

400 pages.