de Jean-Pierre Spilmont, aux éditions La fosse aux ours, 16€

Sébastien a froid. Il a toujours froid, Sébastien Lefrançois, quand on le regarde comme ça. En face de lui, il y a Bourgoin qui voudrait qu’il parle. Il ne sait pas parler, Sébastien, ses pensées tout le temps sont trop lentes. C’est pour ça que ses parents lui ont toujours préféré sa sœur. Et leur commerce d’articles de ski, il faut dire. C’est pour ça aussi qu’ils l’ont placé au Centre, assez loin de chez eux pour qu’il ne puisse pas rentrer. Alors le week-end il va chez ses grands-parents. « T’as de la chance, Seb, d’avoir un grand père pareil », disait ses copains. Un grand-père qui l’autorise à pousser son fauteuil roulant, et à l’accompagner à Paris…
Mot difficile après mot, silence après silence, dans des chapitres brefs, avec des phrases courtes, de nombreux renvois à la ligne, Jean-Pierre Spilmont traite l’espace de son récit en poète. De la page blanche émerge peu à peu la parole de ce garçon inabouti, sa maladresse, sa crudité, jusqu’à la révélation finale, jusqu’à nous faire partager son sentiment d’abandon –de trahison serait plus juste.
Sébastien n’a pas appris à accepter l’intolérable, et c’est pour ça qu’il remue si profond en nous, dans la dureté, dans la pureté dangereuse de nos réactions premières.
A lire, et à relire aussitôt achevé.

Paru en février 2010. Roman. 13×21 Cm. Broché. 139 pages.