7AnneesBonheurde Etgar Keret. Traduit de l’anglais (Israël) par Jean-Pierre Carasso et Jacqueline Huet., aux éditions l’Olivier, 18€

J’ai passé des heures délicieuses en compagnie du dernier livre d’Etgar Keret, « 7 années de bonheur », une sorte de journal intime, de collection d’anecdotes racontées avec malice et sensibilité. Ces 7 années, ce sont celles qui séparent la naissance de son fils de la mort de son père. Un bonheur précaire donc ; et côté précarité, Etgar Keret en connaît un bout. Il est issu de familles juives décimées par l’holocauste et il vit en Israël, un pays où à tout moment une bombe peut exploser dans votre cuisine : alors, pourquoi faire la vaisselle ? Il arrive souvent qu’au détour d’une mésaventure sans gravité surgisse le dérangeant, l’inattendu.  C’est par l’humour et le paradoxe que Keret combat l’angoisse et la culpabilité.
Je pourrais vous citer l’une de ses nombreuses histoires avec les chauffeurs de taxi, par exemple celle où il en invite un chez lui pour satisfaire un besoin pressant et c’est juste le moment où sa femme sort de la salle de bain toute nue …toute nue et furieuse.
Ou la fois où il est convoqué par la directrice d’école parce que son manipulateur de fils se fait gaver de sucreries par la cuisinière. « Au moins, tu partages avec les copains ? «  lui demande t’il le soir. « Non, rétorque le fils, c’est interdit de donner des sucreries aux enfants ! » « Et toi, alors ? » «  Oh moi, c’est pas pareil : je suis un chat ! » Et d’imaginer tel homme politique pris la main dans le sac et se défendant en disant « Mais moi, je suis un chat, miau ! »
Ou celle de l’alerte sur le chemin de la plage : on se met dans un trou et on joue au sandwich, maman dessous, le petit au milieu, papa dessus arque-bouté pour ne pas écraser les siens. Vraiment, on s’amuse bien et on en redemande comme le petit Lev !