de R. J. Ellory et Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau, aux éditions Sonatine, 22€

Coups de feu au deuxième étage d’un hôtel de New York. Rien ne s’était produit, car c’était New York, et de telles morts solitaires et insoupçonnées étaient légion, presque indigènes, brièvement remémorées, oubliées sans effort (…) C’était juste une vie, après tout ; ni plus, ni moins. Si ce n’est que Joseph Vaughan, le narrateur, écrivain à succès, vient de tuer le tueur en série, dans l’ombre duquel il vit depuis sa petite enfance. Je regarde le corps d’un homme mort devant moi, et je sais qu’à quelque petite échelle justice a été faite.
Revenons en arrière. Le père de Joseph meurt en 1939, âge de 38 ans. Juste toi et moi à partir de maintenant murmurera sa mère en fermant la porte pour la nuit. Joseph va à l’école d’Augusta Falls, la petite bourgade de Géorgie où il vit. Il a douze ans. Il aime son institutrice Alexandra Webber. Mon amour était aussi clair et net que les traits de son visage. Parfois il s’ennuie en classe ; il pense à la guerre dont lui parle sa mère. Toute Américaine vivant en Géorgie qui a entendu parler d’Adolf Hitler et de la guerre en Europe, est une personne cultivée et intelligente, dira de sa mère mademoiselle Webber. Il lui confie qu’il veut devenir écrivain.
Le vendredi 3 novembre 1939 le corps d’une fillette, Alice Van Horne, est découvert, nu dans un champ tout au bout de la grand-route. Elle avait onze ans. Neuf mois après une autre petite fille est assassinée. Elle avait neuf ans. Malgré les recherches et les opérations communes mises en place par les shérifs locaux le meurtrier demeure introuvable. La mère de Joseph tombe malade. Un voisin, Gunther Kruger, lui apporte chaque jour de la soupe et du chou. Joseph reçoit une lettre de félicitations pour une histoire, Pitreries, qu’il a adressé, via mademoiselle Webber à un concours organisé par le “Comité d’évaluation des jeunes auteurs d’Atlanta”. La troisième fillette est découverte en juin 1941. Tout comme les deux précédentes elle a été battue et abandonnée nue. Le FBI s’en mêle. Sans succès. Un jour, en rentrant chez lui à l’improviste, le monde de Joseph s’ébranle.
Les assassinats de fillettes se poursuivent. Les jeunes du village décident de protéger toutes les petites filles, d’organiser des surveillances, de rester vigilants. Ils s’unissent en un groupe « Les Anges gardiens ». Je me rappelle les Anges gardiens. Un souvenir bienvenu, comme un silence rafraîchissant après un bruit infini. Les Anges gardiens n’empêcheront pas d’autres meurtres.
Gunther Kruger sera soupçonné de ces meurtres, ce qui entraînera une tragédie. Joseph, à dix-huit, ans connaît son premier grand amour avec Alexandra Webber. Il l’épouse en juin 1947. Cette union heureuse et passionnée dure peu, brisée par un drame. Les meurtres continuent. Dix fillettes.
Joseph quitte Augusta Falls, part à New York. Je voulais croire que ma fuite à New York était une catharsis de l’âme, alors qu’elle n’était jamais que ça : une fuite. Il va écrire, commencer une autre vie. Brooklyn était mon nouveau monde. Mais cette fois encore un nouveau drame va bouleverser sa vie; il est inculpé du meurtre de sa maîtresse. À Noël 52 j’avais perdu mon nom. À la fin janvier j’avais renoncé à mon identité. Un mois plus tard j’avais cessé d’être un être humain. Prison à Auburn. Quatre murs, un sol de pierre, une couchette d’acier, chaque jour immuable se fondant dans un autre à la couleur et au rythme identiques. Il décide sur les conseils d’un ami d’écrire son histoire, d’écrire tout.
Il achève son texte en novembre 63, trois jours après l’assassinat de John F. Kennedy. Son livre “Une douce foi dans les anges” est publié. Il s’arrache. Un nouveau procès a lieu qui l’innocente. Il est libre après avoir passé plus de treize ans en prison pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Il quitte New York pour retourner en Géorgie dix-sept ans après. Pour retrouver l’assassin des petites filles.
Un livre qui se lit d’un trait, passionnant à bien des égards : un suspens constant, les évènements mondiaux en toile de fond d’une histoire d’une éclatante noirceur, une analyse psychologique des personnages très fine, une écriture dense, évocatrice, soucieuse des détails.
Un livre qui déjà enthousiasme les amateurs de thriller mais aussi toutes celles et ceux qui aiment des histoires riches, aux rebondissements multiples, et fort bien écrites.
Un livre qui par son intensité, la précision des détails, la volonté d’aller jusqu’au bout, rappelle De sang froid de Truman Capote à qui il est dédié.
n.b. R. J. Ellory est né en 1965. Il a connu l’orphelinat et la prison. Il sera guitariste dans un groupe de rock avant de se tourner vers la photo. Seul le silence est son premier roman publié en France.
Bravo à la toute jeune maison d’édition Sonatine de nous proposer un livre d’une telle intensité.

504 p pages.