de Atiq Rahimi, aux éditions P.O.L., 15€

Sous titré Pierre de patience voici le nouveau roman de Atiq Rahimi, auteur du très beau Terre et cendres – un gros coup de cœur de l’année 2000 – qui en 2004 a été adapté au cinéma et réalisé par l’auteur lui-même.
Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle sans oser la révéler aux autres. Tu lui parles, tu lui parles. Et la pierre t’écoute, éponge tous tes mots, tes secrets, jusqu’à ce qu’un beau jour elle éclate. Elle tombe en miettes. Et ce jour-là, tu es délivré de toutes les souffrances, de toutes les peines…
Dans ce roman, qui se passe quelque part en Afghanistan ou ailleurs, la Syngué sabour est un homme allongé. Il a reçu une balle dans la tête mais n’est pas mort : corps vide réduit à ses fonctions vitales. Depuis seize jours sa femme le soigne et le veille sans cesser d’égrener son chapelet… À chaque grain, il y en a quatre-vingt-dix-neuf, elle cite le nom de Dieu. Aujourd’hui c’est le seizième nom de Dieu qu’elle doit réciter, Al-Qahhâr, le dominateur. Seize jours qu’elle vit au rythme du souffle de l’homme allongé. Et maintenant elle lui parle. Elle ne sait pas si son mari l’entend et la comprend.
Peu à peu sa parole grandit, enfle, gronde. Le barrage se rompt. La lassitude, l’exaspération, la révolte éclatent.
Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, d’avoir été un héros pour n’être plus, à la suite d’une bagarre minable, qu’un simple légume. Elle lui dit beaucoup des choses qu’elle n’a jamais dites, même pas à ses sœurs.
Au-dehors, des cris, des pleurs. Quelques-uns tirent avec leurs Kalachnikov, on ne sait d’où ni vers qui… ils tirent, tirent…
Écrit directement en français, dans une très belle langue sèche, précise, poétique, qui par moment s’enflamme, Syngué sabour décrit la réalité oppressante du quotidien féminin d’une certaine réalité de l’Islam avec une remarquable maîtrise.
Les lectrices de ce livre ont été frappées par la justesse avec laquelle l’auteur décrivait l’intimité féminine, ses désirs, ses frustrations.
n.b. Atiq Rahimi, né en 1962 à Kaboul (Afghanistan), vit et travaille aujourd’hui à Paris. Il a fait ses études au lycée franco-afghan Estiqlal de Kaboul puis à l’université (section littérature). En 1984, il quitte l’Afghanistan pour le Pakistan à cause de la guerre, demande et obtient l’asile politique en France où il passe un doctorat de communication audiovisuelle à la Sorbonne. Il réalise des films documentaires et adapte en 2004 son roman Terre et cendres, qui, présenté au festival de Cannes obtient le prix “Regard sur l’avenir”.
Atiq Rahimi présentera Syngué sabour le vendredi 24 octobre à 19 h au Scribe puis, ce même soir à 21 h au cinéma Le Paris (bd Garrisson. Montauban) sera projeté Terre et cendres le film qu’il a réalisé d’après son livre éponyme paru, lui aussi, chez P.O.L .

158 pages.