Le lieu du récit est un immense château, Gormenghast, démesuré, une mer de toitures à perte de vue, écrasant la nature de son architecture alambiquée. Il forme a lui seul un personnage du roman tant il est labyrinthique, majestueux et en partie en ruine. C’est le domaine des comtes d’Enfer.

Dans les dédales sombres se croisent quantité de personnages : Lord Tombal, le mélancolique comte qui ne vit que pour lire ; sa femme, Lady Gertrude, rousse, énorme, toujours entourée d’une nuée d’oiseaux ou d’un tapis de chats blancs ; Fuschia, leur fille, sombre et rêveuse, avide d’affection ; Craclosse, l’arachnéen serviteur, dévoué à son maître et à la tradition de Gormenghast ; le jovial docteur Salprune, qui doute et le cache sous ses airs mielleux ;  Grisamer, le vieux docteur de la loi des comtes d’Enfer ; et aussi Lenflure, Nannie Glu, Brigantin, Irma Salprune, les jumelles Cora et Clarice… Sans oublier Finelame, personnage clé, jeune marmiton.

Deux évènements viennent rompre la monotonie du château. D’abord, la naissance de Titus, soixante-dix-septième comte d’Enfer, héritier  « … de milliers d’hectares de pierres croulantes et de vieux ciment, l’héritier de la tour des Silex et des douves stagnantes, des monts déchiquetés et du fleuve glauque […] ». Héritier également de lois et de rites absurdes, dont l’origine remonte à des temps immémoriaux et dont la signification s’est perdue, mais qui rythment la vie des habitants du château.
Dans les sombres cuisines se joue un autre évènement. A l’insu de tous, le jeune Finelame, 17 ans, s’enfuit pour s’introduire par ruses et manipulations dans la vie de ses maîtres, laissant derrière lui la cruauté du chef et l’étroitesse des cuisines.
La continuité assurée par la naissance de Titus, serait-elle en concurrence avec l’ambition et le désir de changement du jeune Finelame ?

Allégorie de la fin d’un empire, ce roman est aussi déroutant qu’intriguant.
Le monde de Mervyn Peake est fait d’ombres, de crépuscules, de mélancolie, de grâce surnaturelle et d’un humour impitoyable. Son écriture lyrique et sensuelle, dense et précise, déverse des images flamboyantes et poétiques avec des idées remarquables comme, par exemple, la description d’un décor au travers du reflet d’une goutte d’eau qui coule le long d’une feuille – sublime.

Un roman fantasmagorique.

Titus d’Enfer est le premier tome d’une trilogie qui comprend également Gormenghast et Titus errant.

Aux éditions Points, 8,60€