de Nick Stone, aux éditions Gallimard, collection Série noire, 22,50€

Dix millions de dollars s’il accomplît un miracle et ramène le gamin sain et sauf ; la moitié s’il ramène le corps ; et un bonus de cinq millions s’il produit les assassins, morts ou vifs.

Voilà de quoi mettre Max Mingus, 46 ans, un ex-flic, détective spécialisé dans les disparitions d’enfants à l’abri du besoin et le plonger dans l’action qui lui permettra – peut-être – d’oublier sa femme qui vient de mourir accidentellement. Juste avant qu’il ait fini de purger sa peine de sept ans de prison infligée parce qu’il avait liquidé de sang froid les meurtriers de la fille de ses amis ; à partir de là tout est partie en vrille, la belle vie s’est arrêtée en catastrophe.

Il part donc pour Port-au-Prince sans avoir jamais posé le pied en Haïti ni parler le français et encore moins le créole. Son client c’est Allain Carver, un banquier haïtien, opportuniste sans scrupule, qui l’engage pour retrouver son fils, Charlie, disparu depuis deux ans, le jour de son troisième anniversaire. Un petit garçon étrange qui ne souriait qu’à son grand-père, Gustav, le père d’Allain, fondateur de la deuxième banque d’Haïti.

Nous sommes en Haïti en 1996. Les États-Unis viennent de renverser le président Aristide qui s’était avéré tyrannique dans la lignée des Duvalier Père et Fils. L’île est exsangue, la pauvreté ruisselle de partout. Les fortunes, telle celle de Carver, sont évidemment suspectes. Max Mingus est chaperonné par la séduisante Chantal qui lui sert de traductrice et lui explique les us et coutumes de cette île compliquée. Vite il va rencontrer Vincent Paul, le trafiquant local de drogue qui lui révèle d’autres aspects encore plus sinistres de la politique locale : les trafics dont celui de la prostitution enfantine, le Vaudou, la drogue. Max Mingus va mener au mieux son enquête dans cet univers glauque et terrifiant.

Outre l’aspect polar/suspens très réussi de ce livre, ce qui en fait tout l’intérêt c’est la description de la situation épouvantable d’Haïti. L’extrême misère, les ghettos où les gens s’entassent dans des conditions d’insalubrité et de dénuement, les odeurs pestilentielles, la violence omniprésente, parfois insoutenable, le peu de prix porté à la vie ; tout cela est dépeint d’une manière magistrale et fait frémir.

L’auteur de ce premier roman, primé aux États-Unis est né à Cambridge en 1966. Fils de l’historien Norman Stone il descend par sa mère d’une des plus anciennes familles d’Haïti. Il connaît parfaitement l’île et nous en brosse un tableau époustouflant.

Polar. 610 pages.