Le come-back du siècle

de Warren Ellis et Darick Robertson (dessin)

Si le pamphlet politique terrasse d’effroi vos connexions neuronales, si la truculence et la provocation jettent votre bienséance dans les abîmes du mauvais goût, passez votre chemin.
Transmétropolitain possède à la fois toutes les subtilités du chef d’œuvre et tous les ingrédients qui suscitent la peur, le dégoût voire le mépris.

Spider Jerusalem, journaliste et écrivain, vit reclus dans la montagne. Mais l’ermite misanthrope (dont la chevelure hirsute est une citation amicale d’Alan Moore), est rattrapé par son contrat d’éditeur qui l’oblige à fournir deux livres dans l’année. Contraint à réintégrer la société, il reprend son boulot de journaliste pour s’acquitter des servitudes matérielles et bosser peinard. Seulement Spider Jerusalem n’a pas l’habitude du journalisme ronronnant et confortable. Il cherche la vérité dans les tréfonds du monde politico-financier et s’attire rapidement les foudres des puissants.
Les dérives politiques, les corruptions, les oppressions religieuses et les scandales en tous genres sont légion à Angel 8 la mégapole et dans la société, où la pensé unique à dénaturé les consciences et laminé les intellectuels.
Warren Ellis choisit délibérément un ton sarcastique et outrancier pour construire ses personnages et son univers, ainsi qu’un humour iconoclaste pour lever toutes ambiguïtés. Il bénéficie d’une invention permanente servie par des dialogues redoutablement intelligents. Sa collaboration avec le dessinateur Darick Robertson exalte la truculence des personnages et l’univers post-cyberpunk. Par sa précision et sa richesse visuelle, le dessinateur (aidé par une équipe de 7 personnes), emprunte les mêmes concepts que le scénariste. Une collaboration parfaite qui aboutit à une BD exceptionnelle et magistrale.

La lucidité et l’esprit de Warren Ellis séduisent ou déroutent selon le niveau de conscience du lecteur. Ce délire fracassant, cette provocation insolente se décryptent sous les traits d’un pamphlet politique acide, d’une dystopie subtile dénonçant le fascisme mou dans lequel se vautre la démocratie contemporaine avec son cortège cynique d’endormissement des consciences et d’uniformisation des pensées.
Transmetropolitain est une œuvre aussi vénéneuse que géniale.

Aux editions Panini comics, collection Vertigo, 29 €