MembrePermanentFamille2de Russell Banks. Traduites de l’américain par Pierre Furlan, aux éditions Actes Sud, 22€

Le précédent recueil de nouvelles de Russell Banks,  L’Ange sur le toit avait été publié en France en 2001. Russell Banks, un des plus importants écrivains américains contemporains, est aussi l’auteur de nombreux romans, parmi lesquels De Beaux lendemains, Sous le règne de Bone, American Darling, Lointain souvenir de la peau (2012).

La première nouvelle – Ancien marine – est considérée par plusieurs chroniqueurs comme un véritable chef d’œuvre du genre.
Connie, 70 ans, un jour d’hiver, il neige. Connie s’installe dans le fond d’un restaurant, lit le journal local, commande un petit déjeuner. Jack, son fils arrive, enlève son lourd blouson et son chapeau d’hiver d’officier de police, s’installe en face de son père, parcourt les gros titres du journal en mangeant. « Il semblerait qu’on ait passé le mois sans nouveau braquage de banque. » Connie, lui, lit la page des sports. Le Vieux amuse Jack, l’inquiète aussi. Question finances, il doit être fauché. Mais Connie insiste pour payer les deux petits déjeuners à Vivian, la serveuse. C’est évident que ça va pour lui financièrement. C’est lui le père. L’homme de la famille. Un ancien marine. Connie, 45 minutes plus tard, gare son pick-up à 50 km de là. Rentre dans l’agence locale de la banque. Dit à l’employée au comptoir de jeter un coup d’œil dans son sac qui lui tend ouvert. Le sac est vide. A part cinq mots tracés en majuscules sur une feuille de papier : Remplir d’argent liquide. Propriétaire armé. La nouvelle se poursuit sur 10 pages.

Dans Transplantation la veuve de celui qui a donné son cœur à Howard veut le rencontrer. Après avoir beaucoup hésité Howard accepte.
Dans la nouvelle qui donne le titre au recueil – Un membre permanent de la famille – un homme, des années après son divorce, raconte la garde partagée des enfants et comment le chien de la famille est devenu un lien entre les deux foyers même s’il ne jouait pas le jeu. Il refusait d’aller dans la maison du père. Mais un jour…

Dans Blue, et j’arrêterai là, une femme qui cherche à acheter une voiture d’occasion et va de voiture en voiture voit, tout à coup, un pitbull massif, les yeux jaune de rage, se précipiter sur elle. Elle réalise vite que ce n’est pas un chien de garde mais un chien d’attaque. Elle se précipite vers l’avant d’une Taunus, grimpe sur le capot puis se réfugie sur le toit. Le chien après avoir tourné autour de la voiture essaye d’escalader le capot de la Taunus mais il retombe ce qui ne fait qu’accroître sa détermination et sa fureur. La nouvelle se poursuit sur 26 pages. Terrifiante.

Des nouvelles mordantes, grinçantes, non dénuées, parfois, d’une lueur d’espoir, dans lesquelles l’auteur nous plonge au plus près des émotions, des désarrois, des rancunes, des occasions manquées, des rêves des personnages. Russell Banks excelle à faire des portraits de personnages de la middle class américaine avec une tendresse toute spéciale pour les marginaux, les inadaptés, les cabossés de la vie. Tous ceux qui se sont un jour engagés sur le mauvais chemin.