de Dennis Lehane et Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Maillet, aux éditions Rivages, 23€

États-Unis. 1918. Dans le prologue nous assistons à un match de base-ball improvisé dans lequel le mythique Babe Ruth – qui a bel et bien existé – s’affronte à Luther Laurence, un jeune ouvrier noir qui travaille dans une usine de munitions. Un match qui va vite dégénérer en un affrontement racial.
Luther sera un des personnages essentiels de ce livre. Jeune noir surdoué au base-ball, bon travailleur il doit laisser sa place à l’usine à l’un de ces garçons qui revient du front, qui en a bavé et qu’oncle Sam veut remercier. Il part avec son amie Lila, enceinte, à Tulsa, qui nage dans le pétrole, à 1 200 km de Columbus, pour trouver du travail. Il s’installe dans une petite maison, travaille dur, sort souvent – cartes, whisky, cocaïne – commet un meurtre, s’enfuit abandonnant sa femme et son enfant.
L’autre personnage central c’est Danny Doughlin, issu d’une famille irlandaise installée à Boston, fils d’un capitaine de police légendaire et filleul du diabolique lieutenant McKenna, une créature que le Seigneur aurait dû laisser tomber, dira de lui un ancien domestique de couleur des Coughlin. Danny est chargé par son parrain d’infiltrer les milieux anarchistes afin de repérer les fauteurs de trouble et de les faire expulser du territoire américain. S’il réussit dans cette mission il aura gagné ses galons d’inspecteur.
Les destins de Danny et de Luther se croiseront à Boston lorsque Luther, en fuite, sera embauché comme domestique par la famille Coughlin. Je vais vous embaucher, Luther, parce que vous m’intriguez lui dira le capitaine Coughlin.
Le cœur du livre c’est l’été rouge de 1919, celui de tous les dangers, durant lequel les forces de police, menées par Danny, vont se mettre en grève.
Voilà juste l’ossature de cette puissante fresque, qui mêle la petite et la grande histoire, dans laquelle des scènes impressionnantes se succèdent – comme l’arrivée de la grippe espagnole -, aoù se croisent des dizaines de personnages, réels tel John Edgar Hoover, futur directeur du FBI, ou imaginaires, remarquablement bien campés. Dennis Lehane ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit, il donne à voir et à entendre avec tout le talent qu’on lui connaît depuis Mystic River et Shutter Island. Mais cette fois l’ambition est toute autre : plus qu’un exceptionnel thriller, il s’agit d’un grand roman d’une densité et d’une richesse impressionnantes qui se déroule durant une période passionnante : pour les États-Unis c’est l’âge de l’adolescence, alors que la France et l’Allemagne sortent exsangues de la guerre, que les assassinats politiques se multiplient en Europe, que la Russie fait sa révolution… Quelle toile de fond !
Un pavé de 760 pages que vous allez dévorer en quelques jours.
n.b. Dennis Lehane a consacré une année à se documenter et quatre autres années à écrire ce roman.

760 pages.