de Ron Rash et Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez, aux éditions Editions du Masque, 19€

Bien que l’on sache dès le début qui a tué Holland Winchester, vétéran de la guerre de Corée, forte tête, beau gosse avec ses yeux noirs intenses, ce grand roman se lit d’une traite. Nous sommes dans un comté rural des Appalaches du Sud, au début des années cinquante. Une vallée superbe qui sera bientôt engloutie sous un lac artificiel et ses habitants condamnés à vivre ailleurs.
Cinq narrateurs interviennent tour à tour : d’abord le shérif Alexander qui malgré son intelligence et son acharnement ne parvient pas à retrouver le corps de Holland, puis Amy, une voisine de Holland qui, mariée à Billy, n’arrive pas à avoir un enfant et qui, désespérée mais résolue, va un jour glisser à l’oreille de son mari endormi Ce que je vais faire c’est pour nous deux. Si y avait une autre solution, si seulement y en avait une. Mais y en a pas ensuite son mari, Billy, paysan misérable et superstitieux, puis le fils d’Amy et enfin l’adjoint du shérif.
Sous la plume de Ron Rash les protagonistes prennent épaisseur et complexité. Amy qui semble de prime abord une femme soumise et inconséquente s’avère une femme forte assumant des choix douloureux en toute lucidité. Billy est plus astucieux qu’il paraît et se sort avec finesse d’un cas de conscience insoluble.
Un drame de la jalousie, de la vengeance, de la trahison remarquablement traité qui fait penser au grand Larry Brown (1951 – 2004), lui aussi écrivain du Sud, auteur de Père et fils , de Joe , de Sale boulot , de Fay, quatre gros « coups de cœur » que je vous ai vivement recommandés.

262 pages.