poeme_vingt_francs2de Pascale Toussaint, aux éditions Zellige, 19€

Quelle chierie! Et quels monstres d’innocence ces paysans… Pas un livre, pas un cabaret à portée de moi… Quelle horreur que cette campagne…

Comme Rimbaud, Marcel a fui l’Ardenne. Et comme lui, il a aussitôt regretté l’odeur du laitage dans l’air du soir ou celle de l’étable, pleine de fumier chaud…

Il vient de mourir. Il avait quatre-vingt-huit ans. Il aimait Agathe, la mer, le vin et les livres. Sa fille se souvient que petite, il l’a payée vingt francs pour dire un poème.

— Ça y est, papa, je connais. Tu me donnes mes sous ?

— Récite-le-moi d’abord.

Drôle de contrat. Un simple poème peut-il nourrir un destin? Il semble que oui et c’est la trace que suit l’auteure. Amoureux l’un et l’autre du « poème à vingt francs », père et fille deviennent le symbole de ce qu’une génération peut transmettre à la suivante.

Leurs vies sont ancrées dans celle du vingtième siècle et au fil des ans et des événements – les rafles de 1942, l’Expo 58, les grèves de l’hiver 60, mai 68… – une galerie de personnages traverse leur histoire et l’Histoire. Attachants et burlesques, pathétiques et généreux, nous les avons croisés, ils nous croisent tous les jours, en Belgique et même jusqu’au Maroc.

Avec l’élégance de style qu’on lui a déjà reconnue, l’auteure nous offre ici, dans un registre intimiste tantôt drôle, tantôt grave, le quotidien de Belges qui invitent chez eux la poésie.