Une_belle_saloperiede Robert Littell Traduit de l’américain pat Cécile Arnaud, aux éditions Baker Street, 21€

L’auteur

Robert Littell est né en 1935 à Brooklyn (New York) dans le même quartier que Woody Allen. Fou de basket-ball, il voulait devenir pro, jouer en équipe nationale, en NBA. Mais il n’était pas assez grand…
Il découvre le monde au moment de son service militaire avant de devenir journaliste à Newsweek. Spécialiste du Moyen Orient et de l’Europe de l’Est pour cet hebdomadaire il couvre aussi la guerre des Six jours en 1967. Alors qu’il jouit d’une excellente notoriété il décide, en 1973, de quitter le journalisme pour devenir écrivain.
Passionné de la guerre froide, son premier roman est un roman d’espionnage. La Boucle, satire de l’espionnage puisque c’est l’histoire d’un transfuge, dont les Russes et les Américains pensaient qu’il avait des informations importantes. En fait le personnage de Robert Littell était un expert en … systèmes de poubelles. La guerre froide, dit Robert Littell, était à la fois simple, on savait où était l’ennemi, et dangereuse, l’un des deux blocs pouvait détruire la planète entière. Aujourd’hui la problématique est totalement différente ; c’est celle du terrorisme.
La Russie et les poètes russes restent aussi sa grande obsession. Il a des racines russes, en Lituanie. Ses grands-parents sont partis en 1885 pour aller en Amérique où son père et lui-même sont nés. En 1919 son père changea le nom de famille, Litzky, en Littell.
Robert Littell aime beaucoup la France ; il a une maison dans le Lot et vient d’acquérir un petit pied-à-terre à Paris, dans le XIXe arrondissement, place de la Bataille de Stalingrad. Une bataille qui marque un tournant dans la Seconde Guerre mondiale, la fin du recul de l’Armée rouge et le début de la défaite nazie, bataille dont il connaît tous les détails.

Parmi ses nombreux romans, outre La Boucle,  je retiens La Compagnie, le grand roman de la CIA, un livre formidable où histoire et fiction sont mêlées. Puis Légendes, sans doute le meilleur roman d’espionnage que j’ai jamais lu. Une légende c’est une personnalité fabriquée de toutes pièces par des spécialistes qui en peaufinent les moindres détails.
En 2009 il a publié L’Hirondelle avant l’orage consacré au poète russe Ossip Mandelstam. Livre qui raconte le destin tragique d’un poète qui s’illusionne lorsqu’il pense qu’un poème peut renverser Staline, alors que le même Staline se désespère de voir qu’aucune force ne peut asservir le grand poète. Admirable.
Deux ans plus tard il  revient à son amour de l’espionnage en consacrant un livre étonnant à Kim Philby, l’un des cinq espions de Cambridge, ce groupe d’étudiants britanniques qui travailla pour le compte de l’URSS : Philby, portrait de l’espion en jeune homme.
n.b. Ces deux derniers romans sont publiés aux éditions Baker Street.

Le livre.

Un polar de facture très classique.
Lemuel Gunn (avec deux n) est un détective privé à l’ancienne, fantasque, farouchement indépendant, qui, selon la rumeur serait né dans le mauvais siècle. Il facture quatre-vingt-quinze dollars la journée les clients satisfaits et zéro dollar les clients insatisfaits. Il dispose d’une bonne dose d’humour et n’hésite pas à citer Scott Fitzgerald
Lemuel Gunn, drôle de nom, trouvez-vous ? Lemuel, dit Robert Littell dans une interview, ça vient de Jonathan Swift. Les voyages de Gulliver. Il y a chez Lemuel Gulliver quelque chose de l’ordre de la naïveté, de l’innocence que je voulais retrouver chez mon personnage. Gunn c’est l’autre facette de l’Amérique, la plus violente.
Lemuel Gunn est un ancien espion qui a été viré de la CIA pour avoir dénoncé les dérives de l’armée américaine en Afghanistan. Il vit, au Nouveau Mexique, dans une caravane, tout alu, qu’il a baptisée « Il était un toit ». Elle fut la caravane de Douglas Fairbank Jr. sur le tournage du Prisonnier de Zenda en 1937.
Un jour Lemuel entr’aperçoit une paire de chevilles nues et bien galbées, celles de Ornella Neppi, surprenante femme fatale, marionnettiste, intrigante comtesse aux pieds nus d’une trentaine d’années, d’origine corse qui lui demande de retrouver un certain Emilio Cava. Arrêté pour une affaire de drogue, Emilio Cava, était en liberté sous caution. Il est sans doute en train de violer sa libération sous caution, caution fournie par Ornella.
Une affaire apparemment simple pour Lemuel Gunn qui va, cependant, vite découvrir que curieusement aucune photo n’existe d’Emilio Gava. Il mettra à jour les relations particulières existantes entre Emilio Gava et le FBI ainsi qu’avec deux familles mafieuses du Nevada en lutte ouverte. Ce qui nous vaut de belles pages sur le désert du Nevada.

Cette fois encore Robert Littell excelle à donner vie à ses personnages, souvent hauts en couleurs, originaux et attachants, tout en leur conservant une part de mystère. Et pour ce qui est de l’intrigue attendez-vous à de nombreux rebondissements. Jusqu’à la dernière ligne… Quant à l’humour il n’est jamais absent.
Un savoureux roman noir, hommage chaleureux à Raymond Chandler, qui se lit d’un trait avec un plaisir constant.