famille-passagere-03de Gerard Donovan, traduit par Georges-Michel Sarotte,
Ed. Seuil, 192 pages, 17.50€

L’histoire se passe en septembre 1938, à Margate,  une station balnéaire à la mode de la côte anglaise. Elle est racontée par une femme entre deux âges, jamais nommée et dont on n’apprendra que peu de choses. Elle a garé son Austin Ruby aux abords d’un jardin d’enfants pour accomplir son projet : avoir une famille. Car pour avoir une famille, il y a deux éléments essentiels : 1, une maison -sa voiture fera l’affaire-, 2, un enfant. Suivant son plan, elle va profiter d’un moment d’inattention des parents pour piquer un landau. Vite fait, bien fait, après s’être assurée du contenu, un bébé de quelques mois qu’elle range dans sa voiture, elle va s’intéresser aux réactions des parents. Elle en conclut qu’elle sera une meilleure famille pour le bébé. De toute façon, pense t’elle « Il n’y avait aucune différence entre mon amour et leur amour pour lui. L’amour est l’amour. Un enfant prospère, du moment qu’on prend correctement soin de lui. Tout comme l’herbe croît sous n’importe quelle pluie ».  Donc, au volant  de son Austin Ruby, elle prend la route comme prévu. Pour accomplir ses devoirs de mère, elle consulte un manuel qui lui apprend également que le bébé est assez petit pour s’attacher à celui qui s’occupera de lui, sinon, ça ne vaudrait pas la peine. Elle va faire de son mieux dans ce domaine mais il faut reconnaître que la tâche est compliquée et contraignante. Cependant, elle reste dans le coin pour continuer d’observer les parents d’Albert, comme elle l’a prénommé. Jusqu’à ce que …
Le récit est lisse, glaçant,  avec  des fulgurances poétiques, sorte de cris retenus. Par exemple : « Une enflure violacée grossissait à l’horizon : meurtrissure du crépuscule. Chaque jour se termine par une blessure ».
C’est le roman du déclin : le déclin de la raison de cette femme folle mais d’une logique et d’une organisation impeccables, le déclin de l’été, le déclin d’une époque aussi, puisque la 2nde guerre mondiale va éclater.
Le  sujet -l’enlèvement d’un enfant !-,  la façon dont il est traité ont beau être déroutants, dérangeants même, on est séduits, on a envie de percer le mystère de cette femme qui n’est pas antipathique au demeurant, on a envie  de savoir si le pauvre Albert va survivre et comment tout ça va finir.