d’Alfred Hayes, traduit et préfacé par Agnès Desarthe.
Ed. Gallimard. 170 p. 17 €.

jolie-fille-comme-ca2L’auteur est né en 1911 en Grande-Bretagne et est mort à Los Angeles en 1985. Romancier, scénariste, poète, il a écrit notamment le poème Joe Hill chanté par Joan Baez. Il a été scénariste du cinéma néoréaliste italien, entre autres de Païsa de Roberto Rossellini.

Une jolie fille comme ça a été publié aux Etats-Unis en 1958. La présente édition est la première traduction en français par Agnès Desarthe, invitée principale des Lettres d’Automne 2015.

Nous sommes à Hollywood dans les flamboyantes années 1950. Le narrateur parle de « la ville » sans jamais la nommer. Il est scénariste, en panne d’écriture. Il n’est pas nommé. Simplement « Je ». La jeune femme qui se jette dans l’océan dès la première page et qu’il sauve, n’est pas non plus nommée. C’est « elle ». Il s’éprend d’elle. Pour lui ça sera une nième liaison durant un mariage qui se délite. Elle, qui est-elle vraiment, cette jolie fille qui voudrait tant devenir une véritable actrice ?

Non, elle n’était pas en train de tomber amoureuse, elle me rassura. C’était simplement qu’elle avait vécu longtemps dans un genre d’obscurité épaisse à cause de cette absence totale de sentiments. À présent il y avait des étincelles de douceur. Des mouvements soudains. Des rafales inattendues.

Mais cela ne durera pas. La femme du narrateur, qui vient de perdre son père, lui écrit : elle arrivera par l’avion du lundi matin. Il doit aller la chercher à l’aéroport. Notre vie serait différente. Nous avions tant de choses à nous dire, et tous ces malentendus, maintenant qu’elle était plus âgée et que son père était mort, elle se sentait enfin capable de les démêler. Le roman prend alors une intensité nouvelle. Si jusqu’alors leurs rapports avaient été parfois tendus, souvent marqués par le non-dit, au cours de leur dernière soirée la tension atteindra son paroxysme. La violence sera présente tant dans les propos échangés que dans l’action.

Deux personnages cernés au plus près de leurs tourments, de leurs faiblesses, de leurs contradictions. Avec la distance ironique du narrateur qui partage avec Marlowe, le célèbre privé de Chandler, une sorte de désinvolture, de détachement, qui suscite chez le lecteur une empathie inattendue.