LADY SNOWBLOOD

de Kazuo Kamimura (dessin) et Kazuo Koize (scénario)

Sang, sexe et poésie.
C’est une ancienne tradition littéraire (lire les Monogatari) qui confère aux japonais un art exceptionnel à mêler le gore le plus violent, la sexualité la plus débridée et un raffinement poétique des plus touchant.
Lady Snowblood est tout cela avec l’élégance du chef-d’œuvre.

Vers 1870, le Japon institue, ce qui sera alors appelé “l’impôt sur la mort”, la conscription de tous les hommes valides pour créer une armée puissante, symbole des nations fortes. Face à la rébellion généralisée, les autorités japonaises envoient dans les villages des recruteurs habillés de blanc. Cette couleur devient alors symbole de mort et provoque des insurrections paysannes. C’est dans ce contexte que l’époux et le fils de Sayo sont assassinés et la jeune femme emprisonnée. Par vengeance, elle décide de concevoir et donner naissance à un enfant qui deviendra son bras vengeur. Malheureusement, elle décédera en couches en donnant la vie à… une fille : Yuki.
Éduquée par un grand maître du sabre, Yuki suivra sa destinée et deviendra Lady Snowblood, une redoutable tueuse professionnelle dont le charme sera aussi dangereux que le sabre.

Cinq cents pages de pur bonheur, détenant tous les ingrédients du manga parfait.

Le scénariste Kazuo Koike, crée un personnage de papier à la personnalité complexe sur laquelle repose tout le manga. Il offre également un contexte très documenté, celui de l’ère Meiji, période tourmentée de reformation sociale. Sa narration est sublime : il déstructure la chronologie et crée un rythme étourdissant. Les graphismes de Kazuo Kamimura, malgré leur 35 ans, gardent une fraîcheur et une prestance qui donnent toutes leurs vitalités aux scènes d’action. Il use également d’une abstraction subtile pour transmettre cette poésie épurée et diaphane propre au Japon.

Quand vous aurez terminé cette lecture, vous penserez sans doute au film de Quentin Tarantino “Kill Bill”, puisqu’il s’en est très largement inspiré. Et peut-être préférerez-vous, comme moi, la grâce de l’original à la frime de la copie.

Aux editions Kana, collection Sensei, 12.50 €