jerome_millonde Jérôme Millon, aux éditions La Fosse aux ours, 16€€

La vie d’un petit homme gris -disons : le comptable d’une usine de roulements à billes- nécessite certainement, pour acquérir de l’intérêt, qu’un événement extraordinaire la perturbe. C’est ce qu’il advint à Célestin Arepo -pas Apero, ni Opera- ce fameux après-midi où il accompagna son nouvel ami Mathurin, le gardien du cimetière, à une partie de pêche. Que découvrit-il donc ? Les nuages, « les merveilleux nuages » chers à Baudelaire -et la rêverie qu’ils engendrent… Le soir même, les mots qu’il aimait jusque là derrière les grilles de mots croisés, il en fit un poème. Le ver(s) était dans le fruit. Il ne lui restait plus qu’à tomber amoureux -d’une latiniste, bien sûr-, et, entre un voyage à Pompéi et une excursion sur le Rhin, à s’inventer une généalogie.

Un matin, la goutte d’eau qu’aura été sa vie se sera évaporée. Mais de quel éclat elle aura brillé !

Pour son premier roman, l’éditeur Jérôme Millon nous offre une bel éloge des humbles, d’une écriture soutenue, une fable dont la seule morale serait que chacun de nous est « un maillon indispensable dans la chaîne de l’infini ». Comment ne pas être emporté par un flot de sympathie pour Célestin Arepo, notre tellement semblable, et pour son auteur ?