yellow-birdsde Kevin Powers (Traduit de l’angalis – Etats-Unis – par Emmanuelle et Philippe Aronson), aux éditions Stock (La Cosmopolite), 21€

Un premier roman, très bien accueilli aux Etats-Unis, finaliste du National Book Award : Premier roman puissant et émouvant(…) Essentiel(…). À lire absolument(…) Sobre et envoûtant(…)Dévastateur.
Précisons qu’il ne s’agit pas d’un roman autobiographique même si l’auteur Kevin Powers, né en Virginie, diplômé en littérature, s’est enrôlé dans l’armée et a combattu en Irak en 2004 et en 2005. Dans une interview il a dit : « Ce que j’ai mis de moi, ce sont des obsessions, des impressions, des sentiments. J’essaie de dire ce que cela fait d’être là-bas, ce que l’on ressent ».
Ce qu’il y a de passionnant dans ce roman c’est qu’il parle de la guerre avant, pendant et après.
Avant : pourquoi John Bartle s’engage t-il pour trois ans dans l’armée, lui qui, au lycée se faisait bousculer par les autres et traiter de pédé parce qu’il aimait lire des livres et parfois même de la poésie ? À l’armée il rencontre un garçon, trop sensible et trop naïf pour être soldat, Daniel Murphy – Murph –  plus jeune que lui, 18 ans, alors qu’il en a 21, et se lie d’amitié avec lui. À tel point que lors de la journée où les familles sont invitées à venir voir les soldats quelques jours avant leur départ pour l’Irak, John ira jusqu’à promettre à la mère de son nouveau copain, ce jeune Murph, qu’il le ramènera à la maison. Sans vraiment penser ce qu’il disait sur le moment. Le sergent Sterling, son officier supérieur direct, qui a entendu cela est furieux : Tu fais des putains de promesses, maintenant ? Il le jette à terre et le frappe deux fois au visage, sous l’œil et en pleine bouche.
Daniel Murphy ne reviendra pas. Il mourra en Irak. Leur amitié aura duré 10 mois.
Pendant : À Al-Tafar, extrême nord de l’Irak. Ils se relaient pour monter la garde. Epuisés, trop fatigués pour apercevoir l’ennemi. Les bruits, les lumières, les odeurs : les feux d’ordure, les eaux usées et au-dessus de tout cela la pestilence de la pourriture des cadavres. Le colonel avant une attaque : Nous vous demandons, au nom du bien, de livrer une bataille d’une rare violence (…) Certains d’entre vous ne rentreront pas avec nous (…) Faites-leur vivre un enfer (…) L’Amérique compte sur vous. Vous n’aurez peut-être plus jamais l’occasion de faire quelque chose d’aussi important de toute votre vie.
John Bartle s’élance sous les obus de mortier avec le nœud à l’estomac, le tremblement gagnant ses cuisses et engourdissant ses doigts moites. Les scènes de guerre sont violentes avec des cruautés inimaginables infligées tant aux combattants qu’aux civils. On ne fait même plus attention, notera Bartle
Après : l’immédiat après. En Allemagne, avant d’être rapatrié, un soir, alors qu’il n’a pas de permission, Bartle échoue dans un bar à filles où il retrouve le Sergent Sterling, ivre qui brutalise une fille. Et concernant Murphy un vif dialogue s’engage : On sait ce qui s’est passé. On est lié par ça. Je te tiens, soldat Bartle. Je t’envoie en cour martiale quand ça me chante. À quoi Bartle réponds : Je pourrais vous dénoncer aussi. C’est vous qui commandiez, vous vous souvenez. Bartle rentre aux États-Unis et est démobilisé.
Le retour à la vie civile – des jours à dormir, des semaines à éviter de rencontrer   qui que ce soit – ce retour s’avère un calvaire avec, entre autres, la mémoire qui tourne en rond et tout le monde qui le traite en héros alors qu’il considère que tout ce qu’il a fait est de survivre et que celui qu’il avait promis de protéger est mort, lui. Il restera hanté et brisé par cette promesse non tenue.
Un grand livre puissant et dérangeant sur la guerre d’Irak, sur la brutalité de ce conflit, sur les hasards et les ravages de la guerre, sur les blessures profondes infligées aux soldats.