Yves Grevet a connu la notoriété en tant qu’écrivain jeunesse avec Méto, une trilogie dystopique  mettant en scène des adolescents confinés dans un univers clos, régi par des règles tyranniques. Cependant, ses textes, même lorsqu’ils prennent la forme d’anticipations ou entraînent le lecteur dans des aventures imaginaires, sont ancrés dans la réalité sociale. Dernier en date, L’École est finie, un livre petit par la taille mais qui frappe par la force et la pertinence de son propos: le portrait d’une école de demain complètement asservie à une logique d’entreprise. On y retrouve quelques-uns des thèmes chers à cet auteur: la responsabilité des parents, la solidarité, l’apprentissage de l’indépendance. Avec pudeur et générosité, Yves Grevet livre ici son point de vue sur ces sujets et sur ses engagements d’écrivain mais aussi d’enseignant. (par Silvia Galli, librairie Le Chat Pitre, Paris)

SILVIA GALLI: Au moment où je commençais à réfléchir au thème de l’engagement, nous avons reçu en librairie votre livre L’École est finie. Vous êtes enseignant de primaire, en même temps qu’écrivain. La première question qui me vient à l’esprit est: quelle est la part de fiction dans ce livre, vu votre rôle d’enseignant?
YVES GREVET: Ce livre est né dans mon travail d’enseignant. J’avais le sentiment, partagé par beaucoup de mes collègues, de me sentir de plus en plus abandonné par l’institution. La disparition progressive du réseau d’aide aux enfants en difficulté (R.A.S.E.D), réseau qui répondait à un réel besoin au sein de notre établissement, a été un des éléments déclencheurs. Ceci ajouté à ce refrain sans cesse rabâché, selon lequel l’État endetté doit imposer des efforts à tous et que l’École devrait porter sa part… L’École est un investissement d’avenir. On n’a donc pas à la mettre à contribution, ni à sacrifier les nouvelles générations sous prétexte qu’il faudrait faire des économies. Et puis, il y a ce mythe tenace de l’enseignement professionnel et de l’apprentissage qui résoudraient tout. Personnellement, je suis très respectueux des travailleurs manuels, je suis même admiratif, mais il faut s’engager dans ces filières en l’ayant choisi. Je ne pense pas que si un enfant ne réussit pas à l’école on doit le mettre en apprentissage le plus tôt possible. C’est comme si l’État républicain avait renoncé à assurer pour tous un minimum de culture générale et d’ouverture sur le monde. Le livre est donc parti d’une sorte de coup de colère.

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